• 28ème Chaos

    28ème Chaos
    Restons juste comme ça

    Je retire rapidement ma main à la seconde où je réalise ce qui vient de se passer. Puis, je commence à m'énerver.

    — Qu'est-ce que tu fais, Yuri ?!

    — Tu es vraiment hétéro, Noh ?

    Au lieu de me répondre, elle répète sa question. Elle attrape ma main et me fait caresser sa poitrine une fois de plus. Cette fois-ci, elle enfonce ses doigts profondément et me force à la presser. Je tremble de colère.

    — Pour quel genre de mec tu me prends ?

    — Un pervers ! me crie-t-elle au visage en s'approchant audacieusement.

    Je n'avais aucune idée que Yuri était ce genre de personne.

    — Tu me déçois beaucoup, Yu.

    Je n'ai rien d'autre à lui dire. J'utilise ma main libre pour la repousser avant de m'excuser et de me lever pour retourner près du rivage. Je suis tellement sur les nerfs que mon corps entier tremble.

    Je prends une serviette en marchant sur la plage pour me couvrir, car je ne veux pas que l'on voit l'expression de colère sur mon visage. Cependant, j'entends un bruit de pas rapide derrière moi juste avant de sentir une masse de 45 kilos s'abattre sur mon dos.

    — Qu'est-ce que tu fais, Yu ?!

    Apparemment, Yu a décidé de sauter sur mon dos malgré le fait que nous venons de nous disputer.

    — Je t'aime tellemeeeeeeeeeeeeeeeeent ! s’exclame-t-elle en me passant les bras autour du cou. 

    Je suis complètement déconcerté par ce qui se passe.

    — Quoi ?!

    — En fait, je me demandais comment je pourrais crier à l'aide si tu voulais vraiment me faire quelque chose puisque la plage est pleine d'étrangers.

    Elle ignore ma question alors qu'elle continue de bavarder avec joie. Entre ses ricanements et son ton enjoué, je me rends compte que je ne suis plus en colère.

    — Tu me testais ?!

    Je sautille un peu, ce qui fait voler Yuri avant de retomber sur mon dos. Elle crie de joie.

    — Juste un peu…

    Ses petits bras s’enroulent autour de mon cou plus fortement maintenant. Je suppose qu'elle a peur de tomber. Même si j'étais énervé un peu plus tôt, je ne peux m'empêcher de laisser échapper un ricanement.

    — Tu aurais eu des problèmes si tu avais fait ça à quelqu'un d'autre, tu t’en rends compte ? Ne teste jamais quelqu'un comme ça à l'avenir, compris ?

    Néanmoins, je pense que je dois lui rappeler ces choses. C'était vraiment une chose stupide à faire. Yuri continue à glousser, sans vouloir s'arrêter de sitôt.

    — Je suis tellement heureuse que ce soit toi mon petit ami, me dit-elle en appuyant sa tête contre la mienne. 

    Hein ? Alors je suis vraiment le copain de Yuri ?

    — Hé, Noh !

    — Hum ?

    J'avais presque oublié qu'on était sur le point de regagner l'hôtel.

    — Pourquoi n'as-tu jamais dit aux autres que tu n'étais pas vraiment mon petit ami ?

    Ah, donc elle s'en rappelle encore. C'est incroyable.

    — Parce que tu as dit à tout le monde que je l'étais, comment j'étais censé tout nier ?

    — Je suis une vraie tricheuse, n'est-ce pas ?

    — Ouep !

    Aussitôt, Yuri me frappe dans le dos. Quoi ?! Je n'ai rien dit de mal !

    — Tu aurais pu être plus gentil. Tu sais, tu n'as pas peur que la fille qui t'aime bien puisse mal comprendre quand tu refuses de dire le contraire ?

    Oh, donc elle s'en rend compte aussi. Je suis un peu fier d'elle.

    — Nan, oublie ça.

    Je lui réponds en pensant à la raison pour laquelle j'ai laissé faire. Je ne l'ai pas rejetée parce que je ne voulais pas l'embarrasser. Mais à part ça, je pensais qu'avoir une petite amie m'aiderait à rendre ma vie plus paisible. A l’époque, je jouais avec le groupe, on avait un concert de prévu à l'auditorium du lycée privé et c’était complètement fou. J'étais content que les filles nous aiment bien. Mais une fois le concert terminé, je recevais des appels bizarres tous les jours et je n'étais pas très à l'aise vis-à-vis de ça.

    — Je savais que tu étais un gentleman. Tu ne m'humilierais jamais. Heureusement que j'ai été la première fille à dire ça. Tu ne l'aurais pas nié si une autre fille avait prétendu que tu étais son petit ami. Ugh, j'aurais été si triste.

    En gros, je suis comme un objet en solde ? Celui qui met la main sur moi le plus rapidement gagne ?

    Je trouve tout cela assez drôle. Pour être honnête, je n'ai pas dit la vérité aux gens simplement parce que Yuri est vraiment une fille géniale. C'est loin d'être terrible de l'avoir pour amie. Si c'était quelqu'un de vraiment chiant, je lui aurais dit dès le premier jour où elle a fait savoir qu'elle m'avait comme petit ami.

    Nous arrivons enfin à l'endroit où nous pouvons nous rincer les jambes et les pieds. J'ai laissé Yuri descendre de mon dos pour qu'elle puisse se débarrasser du sable.

    — Noh…

    — Qu'est-ce qu'il y a ?

    — Fais-moi savoir quand tu as enfin trouvé quelqu'un qui te plaît vraiment. Je t'aiderai, me dit-elle à l'improviste. 

    Mais elle ne me regarde pas. Je fixe Yuri, qui se lave les jambes, avant de lui faire un petit sourire.

    — Oui, d'accord…

    — Je suis sérieuse. Au début, je pensais que si je continuais à faire semblant d'être ta copine, tu finirais par tomber amoureux de moi.

    Oh, Seigneur. C'est quoi cette logique, Yuri ? Je ne peux m'empêcher de rire en entendant son raisonnement ridicule.

    — Ne ris pas. Au bout d'un long moment, je me suis rendue compte que tu n'as aucun sentiment pour moi. Finalement, je me suis libérée de toi et j'ai accepté le fait que cela n'arrivera jamais, me dit-elle en m'aidant à laver le sable de mes jambes avant de fermer le robinet.

    Le sourire de Yuri est toujours aussi éclatant. 

    — J'ai hâte de rencontrer cette personne, quelle qu'elle soit. Je veux être la première à rencontrer la personne que tu aimes.

    Je regarde le doux sourire de Yuri, empli de chaleur. Je sens un tiraillement dans ma poitrine. Pourquoi je ne peux pas aimer Yuri ? Elle est si gentille avec moi.

    Quant à la personne que j'aime vraiment ? Eh bien...

    Le visage de Phun est la première chose qui me vient à l'esprit, bien que je ne sache pas exactement quels sont mes sentiments pour lui.

    Je ne suis pas sûr que ce sentiment soit de l'amour. Mais je sais que je tiens beaucoup à lui. Tant qu'il est à mes côtés, il n'y a rien d'autre au monde que je puisse désirer.

    — Noh... 

    Yuri appelle mon nom quand elle a fini de fermer le robinet. Nous sommes toujours là où se trouve la zone des douches.

    — Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne vas pas rentrer à l'intérieur ? Il commence à faire froid.

    — Tu veux m'embrasser ?

    — …

    Ses yeux noirs scintillants me regardent, comme s'ils me suppliaient de faire quelque chose. Mais...

    — Ça n'arrangera pas les choses, Yu. Ce serait même bien pire, crois-moi.

    Yu éclate d’un petit rire après avoir entendu ma réponse.

    — Je m'en doutais bien. Que dirais-tu d'un câlin ? Juste un petit ?

    Je souris gentiment devant ses tentatives de négociation avant de tendre mes bras vers elle pour l'enlacer.

    — C'est probablement mieux pour toi d'aller trouver un bon gars dont tu vas tomber amoureuse.

    — Mais tu es le meilleur garçon qui soit, dit-elle d'une voix étouffée avant de me serrer un peu plus fort. 

    Dans des moments comme ça, je me déteste de ne pas être capable de tomber amoureux de Yuri.

     

     

    La journée se termine enfin et je me sens complètement épuisé. Aim a pu marcher à nouveau, nous avons donc décidé de nous rendre en ville en voiture pour aller au restaurant et nous sommes gavés pendant le dîner. Quand on est revenus à l'hôtel, j'avais à peine assez d'énergie pour prendre une douche avant de me jeter sur le lit, me sentant mort de fatigue.

    — Je suis telleeeeeeeeeement épuisé.

    Honnêtement, je ne sais pas quoi dire d'autre. Phun est en train de ranger quelques affaires. Il se retourne en riant.

    — Je ne savais pas que tu conduisais.

    — Peu importe ! Bien, tu es plus épuisé. Tu es content maintenant ?

    Il n'a même pas besoin de le préciser. Je veux dire, je suis fatigué rien qu'en respirant. Je lui ai répondu avec sarcasme en me replaçant sur le lit avant de regarder dehors. J'entends ses pas s'approcher de moi.

    — Tu vas déjà dormir ?

    — Ouais.

    — Alors j'éteins la lumière.

    Il n'attend pas de réponse avant d'éteindre la lumière dans notre chambre. Les seules raisons pour lesquelles je peux dire que Phun est sur le lit à côté de moi sont le clair de lune et le matelas qui s'affaisse.

    — N'oublie pas de prier avant de dormir, lui rappellé-je, bien que je ne me sois pas retourné pour voir s'il le ferait ou non. 

    Je vois ses ombres s'asseoir et prier sur son oreiller, comme je le lui ai dit. Il présente ses respects trois fois avant de s'allonger à côté de moi. Je l'aperçois au clair de lune, le bras au-dessus du front.

    — Qu'est-ce qu'il y a ? Quelque chose ne va pas ?

    Tous ceux qui ont un problème prennent toujours cette pose.

    — Je ne sais pas…

    Il me répond avec son bras toujours sur le front. Le silence s'installe entre nous dans l'obscurité.

    — …

    — Quelque chose m'a dérangé aujourd'hui…

    Phun commence à parler après être resté silencieux assez longtemps pour que je commence à m'endormir. Je sursaute et cligne rapidement des yeux pour chasser ma somnolence.

    — Quoi ? Le fait que ton bazar pue comme l'enfer ?

    Comme prévu, une main atterrie en plein milieu de ma tête.

    — Tu veux la renifler et le découvrir par toi-même, connard ? Je parle de... quand je vous ai vus Yuri et toi... vous enlacer... aujourd'hui.

    Phun prend son temps pour débiter chaque mot sur ce qui s'est passé plus tôt dans la journée. Il est assez observateur, n'est-ce pas ? Comment je suis censé lui répondre ?

    — Jaloux ?

    Je décide de le taquiner, et pourtant, c'est moi qui ressens une étrange douleur dans la poitrine. Vous savez ce sentiment, quand vous essayez de faire la lumière sur une situation vraiment déprimante ? C'est ce genre de douleur. Phun soupire assez fort pour que je l'entende. 

    — Pathétique, n'est-ce pas ? dit-il avant de se taire un instant puis de reprendre. Je n'ai même pas le droit de me sentir comme ça.

    Je ne peux que me taire en entendant ses mots. Je ne veux vraiment pas admettre que j'ai eu mal au ventre quand je l'ai vu porter Aim comme ça aussi.

    On écoute tous les deux le bruit léger des vagues qui s'écrasent sur le rivage. C'est exactement ce que je ressens à l'intérieur de moi à cet instant. C'est comme s'il y avait un poing qui n'arrêtait pas de frapper mon cœur encore et encore...

    — Est-ce que tu aimes Aim ?

    Soudain, je lui pose la question. Je ne sais pas pourquoi j'ai décidé de le faire. Je regarde Phun, qui a une expression troublée sur le visage.

    — Je ne sais même pas ce qu'est l'amour. Je me soucie d'elle. Et je... je suis prêt à m'occuper d'elle.

    — Alors c'est probablement de l'amour.

    La réponse de Phun est très claire. Mon cerveau est maintenant complètement vide. Je ferme les yeux même si je suis déjà dans une pièce sombre.

    — Noh...

    — …

    Phun sait très bien que je l'écoute toujours, même si je ne réponds pas. Il continue à parler de sa voix grave.

    — Ces choses que j'ai dites sur Aim... Je ressens la même chose pour toi, tu sais.

    Pourquoi a-t-il dit ça... ?

    — Pourquoi tu dis ça ?

    Je lui pose directement la question alors que mes propres émotions me submergent. Il y a tant de choses qui demandent à être dites au fond de moi. Mais je ne peux pas les dire. Je ne peux pas les autoriser à franchir la barrière de mes lèvres. Pas quand je passe mon temps à me répéter de ne pas dire des trucs qui mettraient Phun dans une situation compliquée.

    On reste tous les deux silencieux et immobiles. Puis, Phun décide de m'attirer et me serre contre lui. J'accepte son étreinte en enroulant mes bras autour de lui. Parce que c'est la seule chose qu’il nous reste maintenant. C'est l'unique truc qui nous rappelle que nous sommes là l'un pour l'autre. Et peu importe le genre de relation que nous finirons par avoir, je me sens tellement à mon aise chaque fois que nous nous serrons l'un contre l'autre comme cela.

    — Noh...je suis désolé, dit-il en me serrant fermement pendant qu'il embrasse ma tempe. J'aimerais pouvoir me contrôler mieux que ça, mais je...

    Le son de sa voix se fait plus discret, il est remplacé par le tremblement de ses bras. Il tremble tellement que je dois me libérer pour pouvoir lever la tête et regarder son visage. Grâce au clair de lune, je peux voir ses traits habituels.

    Nous nous regardons dans les yeux comme si nous essayons de les utiliser pour exprimer ce que nous ressentons vraiment. 

    — … Je n'y arrive pas non plus.

    Je lui dis avant de laisser mes lèvres se poser doucement sur les siennes. 

    Personnellement, je ne pense pas que nous ayons besoin d'une quelconque étiquette pour nous deux.

    Je veux juste qu'il reste à mes côtés aussi longtemps que possible.

    C'est tout ce que j'ai toujours voulu.

     



  • Commentaires

    2
    Samedi 31 Juillet 2021 à 19:48

    Yuri m'a épaté, elle sait qu'il ne se passera finalement rien avec Noh. Je pense qu'elle est vraiment une belle personne et elle me fait un peu de peine quand même.

    Pour Noh et Phun, j'étais sûr qu'ils n'allaient pas pouvoir résister en étant dans le même lithehe

    1
    Vendredi 24 Juillet 2020 à 22:34

    Coucou et merci pour ce chapitre phénoménal !

    J'aime Lovesick depuis fort longtemps déjà mais il m'est toujours difficile d'expliquer quels attraits de cette oeuvre me la font aimer tant il y en a.

    Aujourd'hui, je pourrai répondre sans hésiter : "Lisez le chapitre 28 et vous comprendrez tout."

    Ce passage réunit tous les charmes de Lovesick. Bien des séries populaires d'aujourd'hui n'ont pas la profondeur et l'humanité de ce roman. Quelle délicatesse que ce chapitre où les garçons et les filles s'écoutent, se confessent, se livrent avec pudeur et sincérité !

    Noh est mon héros. Sa petite amie a raison de dire qu'il est le meilleur. Ce gars a un cœur d'or.

    Mais une autre personnalité se révèle ici. Je la place en tête de mon podium des plus belles filles de BL.

    Il s'agit de Yuri, bien sûr. Au-delà, de sa naïveté apparente, elle n'est pas dupe et elle sait que la relation qu'elle entretient avec Noh est étrange, bancale, équivoque. Elle a conscience qu'elle s'est imposée à Noh et qu'il l'a acceptée par générosité naturelle et non par amour. Son amour à sens unique est triste en soi mais elle le transforme en un espoir et en une amitié éblouissante. La série TV a conservé ce trait de caractère de Yuri qui réapparaît d'ailleurs à la fin, lors du séjour à la campagne. Yuri riposte à l'agression de Jeed et loue avec détermination devant sa rivale le trésor qu'est Noh. Une scène magnifique, une ode à l'amitié et à la tolérance !

    Sur ce, je continue ma lecture. Noh, Phun, profitez bien de votre nuit magique !

    Un immense merci à l'équipe de traduction/correction !!!

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