• Chapitre 8 : Contact

    Chapitre 8 : Contact

    J’ai passé quelques jours à me reposer enfermé dans ma chambre, ma blessure m’a fait mal un certain temps, mais heureusement, la mère de Joong et Ohm s’est assurée que je ne souffre pas en me donnant des médicaments. Par contre, il m’a fallu beaucoup plus de temps pour comprendre les images que j’avais vu dans ce souvenir et presque autant de temps pour les accepter. J’ai dû mal à me dire que ça s’est réellement passé, c’est comme si j’avais observé la scène d’un point de vue extérieur et pourtant, au fond de moi, je sais que ces événements se sont bien produits. 

    Même mes cauchemars ont changé, maintenant je n’entends plus les hurlements de ma grande soeur, je ne sens plus l’haleine putride du monstre autour de moi. Non, maintenant chaque nuit, je l’entends m’annoncer froidement qu’il a tué toute ma famille et qu’il se fait une joie de me tuer moi aussi. Les réveils sont encore plus brutaux et difficiles et j’ai beaucoup de mal à maîtriser ma peur et donc à me calmer. J’ai l’impression de devoir reprendre tout depuis le début et le cauchemar qui m’a accompagné tout au long de ces dernières années me manque presque.

    J’évite la mère de Ohm, je ne veux pas la croiser. Je ne suis pas en colère contre elle parce qu’elle veut que j’aille voir un psy. Je suis en colère après moi, ma réaction à ce propos a été disproportionnée et sans le vouloir je lui ai fait mal. C’est pourquoi je me cache d’elle dans ma chambre, honteux et ne voulant pas voir la déception dans son regard. Je voudrais m’excuser, mais je ne sais pas comment faire, je n’ai jamais eu à le faire auparavant. Aucun des habitants de la maison ne cherche à me forcer à sortir ou à communiquer avec eux. Ils me laissent le temps dont j’ai besoin pour me remettre et trouver le courage de les affronter. Et seul Ohm passe régulièrement me voir pour s’assurer que je ne manque de rien.

    Heureusement, ces jours sombres ont fini par passer, j’ai fini par sortir de ma chambre, par communiquer de nouveau avec les habitants de la maison, même s’il reste un certain froid, venant de ma part, je le sais bien. Les choses sont plus ou moins rentrées dans l’ordre et aujourd’hui mercredi, j’ai retrouvé mes habitudes et le salon est devenu mon bureau de prédilection pour étudier. Je dois rendre un exposé pour la semaine prochaine et le sujet est plutôt difficile, alors je me concentre afin de pouvoir avoir les meilleurs résultats possibles. 

    Pourtant, j’ai un peu de mal à le faire, régulièrement, je me surprends à lever les yeux vers la grande horloge qui se trouve au mur et je soupire quand je vois que le temps ne passe pas. Je sais pourquoi je voudrais que le temps passe plus vite, mais je ne sais pas si la raison me plait vraiment. Il y a dix jours, j’aimais être seul, être entouré du silence et ne pas avoir à m’approcher de qui que ce soit. Aujourd’hui, le calme autour de moi me semble oppressant et presque agressif. J’ai du mal à croire que je me sois si vite habitué à entendre la musique provenant de la chambre de Joong alors que sa mère cuisine en chantonnant, mais surtout, à avoir la présence rassurante de Ohm à mes côtés. Alors j’ai hâte qu’il rentre à la maison.

    Quand j’entends la porte, je ne me raidis pas comme avant, au contraire, je me surprends à sourire en pensant qu’ils rentrent plus tôt que prévu pour manger avec moi ce midi. Alors quand c’est une tête blonde qui apparaît dans l’embrasure de la porte, je suis surpris. Je n’ai pas vraiment peur, enfin, c’est ce que je me répète alors que je suis figé au sol, incapable de bouger. Je ne peux que le fixer alors qu’il m’observe et je me rends compte qu’il n’est pas aussi sûr de lui que lors de notre première rencontre, mais en plus quand nos yeux se rencontre et avant que je ne détourne le regard, j’y trouve de l’inquiétude et de la culpabilité. “Tu vas bien ?”

    Je hoche lentement la tête pour répondre à sa question et ainsi peut-être le rassurer. Je tends la main vers lui, un signe un peu flou pour lui retourner sa question. Son visage se détend et un sourire naît sur celui-ci. il a un beau sourire, franc, lumineux et je me surprends à lui répondre de la même manière, même si mon sourire à moi est beaucoup plus timide. “Je vais très bien, merci.”

    Je ne sais pas comment je dois réagir envers lui. Est-ce que je dois lui faire un signe de s’approcher ? Est-ce que je dois me lever et aller le rejoindre ? Je ne sais vraiment pas quoi faire, alors je me dis que la meilleure décision est encore de rester assis là et d’attendre qu’il m’explique de lui-même pourquoi il est là.

    Il entortille ses doigts et passe d’un pied sur l’autre nerveusement. Il veut me dire quelque chose, mais de toute évidence, il ne sait pas vraiment comment faire. Mon silence ne doit pas l’aider non plus, je sais que je mets souvent les gens mal à l’aise quand je reste immobile à les observer en silence. Il finit par soupirer profondément en passant la main dans ses cheveux. “Je peux m’approcher ?”

    Maintenant qu’il le demande, je me rends compte qu’il n’a pas bougé de sa place depuis son arrivée et j’ai un petit sourire que je peine à cacher en imaginant Ohm lui expliquer comment il devait agir avec moi pour ne pas me faire peur. Et puis après vendredi, il ne doit pas avoir envie de me voir refaire une crise. Je reste un instant encore immobile, puis après un petit soupir, j’acquiesce avant de me relever et d’aller m’asseoir tout au bout du canapé, lui laissant la place pour s’installer à son tour et en gardant une distance de sécurité. 

    Ohm m’a dit d’apprendre à faire confiance, de ne pas trop me poser de question et puis Boun est le meilleur ami de ce dernier et il n’a pas montré d’hostilité envers moi. Je prends tout de même un coussin et le serre contre moi, lui a les mains dans les poches et s’approche lentement avant de s’asseoir lui aussi à l’autre extrémité du canapé.

    Je fixe le mur en face de moi alors que le silence se réinstalle. Je fronce un instant les sourcils. Est-ce que je devrais lui écrire un petit mot ou je dois attendre qu’il prenne la parole ? Je lui jette de fréquents coups d’oeil, m’assurant qu’il ne bouge pas. Malgré moi, je suis toujours cette petite bête apeurée et prête à fuir au moindre danger. 

    Lui reste le regard fixé sur ses mains, il se mordille la lèvre et quand la pression est trop forte, je me penche pour saisir mon ardoise et c’est là qu’il prend la parole. “Je suis désolé pour ce qui s’est passé vendredi. Je n’ai pas réfléchi en parlant et crois moi, je ne voulais pas que les choses se passent comme ça.” Je tourne alors la tête et tressaille légèrement en voyant qu’il me fixe. Son regard est triste, sombre et je peux voir que ses excuses sont sincères, il s’en veut réellement et pire encore, il est inquiet. “Est-ce que tu vas bien maintenant ?” Je suis sûr que Joong et Ohm ont dû les rassurer mais il ne semble qu’attendre ma confirmation pour être réellement rassuré. 

    Mon coeur bat un peu plus rapidement, ce n’est pas de la peur, ce n’est pas comme quand Ohm est près de moi. C’est différent, un peu comme quand Joong essaie de me faire rire, il a de la considération pour moi. Alors je prends mon ardoise et écrit rapidement dessus un petit message pour le rassurer.

    Ne t’inquiète pas, je sais très bien que tu ne voulais pas me blesser et je ne t’en veux pas. Je n’ai presque plus mal maintenant. C’est du passé, tout va bien.

    Je la retourne pour qu’il puisse lire le message et il lui faut un petit moment pour déchiffrer mon écriture un peu brouillonne, mais finalement, un petit sourire reprend place sur son visage alors que ses traits se détendent vraiment. Il ne me connaît pas, ou du moins, juste les grandes lignes que lui a brossé Ohm et ce qu’il doit connaître de cette affaire qui a fait beaucoup de bruit à l’époque. Je ne vois pourtant aucune trace de pitié dans son regard, rien d’autre que du soulagement de savoir que je vais bien. J’ai tellement l’habitude d'attirer la pitié de ceux que je rencontre et qui connaissent mon histoire que là je ressens une vague de bien-être m’envahir. Alors même si le silence se réinstalle, il n’est pas gênant et je me sens bien.

    “Je ferais bien de repartir, la pause déjeuner est bientôt terminée.” Il s’apprête à se lever, mais je le vois qui regarde soudain partout autour de lui avec un froncement de sourcils. Je ne peux m’empêcher de regarder à mon tour, à la recherche d’un danger quelconque. “Tu n’as pas mangé ?” Ah ! Je sens le soulagement déferler en moi quand il évoque ce qui le trouble… maintenant qu’il en parle, c’est vrai que je n’ai rien mangé de la journée. J’efface rapidement mon message précédent pour le remplacer par un nouveau.

    Je n’ai pas fait attention et j’ai oublié.

    Il ne fait pas de commentaire, mais ne se gêne pas pour soupirer fortement. Il se lève alors du canapé et je pense qu’il va partir. Seulement, il ne part pas comme je l’ai pensé dans un premier temps, au contraire, il retire rapidement son sac de cours qui était toujours en bandoulière autour de son corps. “Ohm me tuera s’il apprend que je suis parti sans m’assurer que tu ne manges pas un petit quelque chose. Ce mec est beaucoup trop protecteur. Ne bouge pas, je vais te cuisiner un petit truc.” Je me redresse brusquement quand je comprends ce qu’il a l’intention de faire. Je tente par plusieurs geste de lui faire comprendre que ce n’est pas nécessaire, que je peux grignoter ou même attendre pour manger ce soir avec le reste de la famille. Cependant, soit il ne me voit pas, soit il m’ignore, mais le résultat est le même, il part rapidement dans la cuisine.

    Je reste assis, les mains sur les genoux et je garde le regard fixé dans la direction de la cuisine. Je n’ose pas me lever et aller le rejoindre. Je l’entends se déplacer dans la pièce et bouger des ustensiles en sifflotant. Je me demande ce qu’il est en train de fabriquer, mais il ne met pas très longtemps avant de revenir dans le salon en tenant dans les mains un bol de ramens fumant. Je me dépêche de débarrasser la table de mes affaires, je ne voudrais pas qu’il se brûle par ma faute, ce serait à moi de me sentir coupable. “Ce n’est pas grand chose, mais ma cuisine te rendrais malade, enfin, c’est ce que les garçons disent à chaque fois. Alors mange juste des ramens ça te fera reprendre des couleurs tu es tout blanc.” Il pose le bol là où j’ai fait de la place ainsi que les baguettes et la cuillère qui vont avec. Je me rends compte qu’il était proche de moi au moment où il se recule, il ne cherche pas à rester trop longtemps près de moi. Ce qui me surprend le plus, c’est que pas un instant je n’ai eu peur, je n’ai même pas fait attention à sa proximité. Un instant, tout a semblé simple et normal et je me surprends à sourire, heureux devant ce simple fait. Je lui fais un wai pour le remercier d’avoir cuisiné pour moi alors qu’il reprend son sac et je comprends que cette fois, il est bel et bien sur le départ. “Je ne peux pas rester pendant que tu manges, mon prof va me tuer si je suis encore une fois en retard, mais je compte sur toi pour ne pas en laisser une miette d’accord.” Je ne sais pas vraiment s’il me voit hocher la tête car il fouille ses poches à la recherche de son téléphone et de ses clés. Il me fait un petit signe de tête pour me saluer et je lui réponds de la même manière. Deux secondes plus tard, la porte claque et je suis de nouveau seul, pourtant, je ne me sens pas mal. C’est avec un petit sourire aux lèvres que je prends les baguettes et je me surprends à finir complètement le bol sans me sentir malade.

     


  • Commentaires

    2
    Jeudi 1er Octobre 2020 à 11:58

    trop bien ce tout nouveau chapitre :)
    j'adore cette histoire :)
    merci de nous la sortir de ton imagination et de nous en faire profité :)
    j'ai déjà trop hâte de lire la suite, donc bonne écriture ^__^
    à la prochaine ;) 

    1
    Mercredi 30 Septembre 2020 à 21:41

    merci pour ce chapitre happy. Bonne soirée

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