• Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    Parfois, je ne peux pas m’empêcher de me demander, pourquoi ce genre de surprises m’arrive toujours? J’ai appuyé sur F5, je me suis déconnecté et reconnecté. Pas de changement!

    Maudit Sarawat.

    C’est tellement scandaleux. Non seulement il a déverrouillé mon téléphone, mais il m’a aussi fait souffrir avec cette mise à jour de statut juste avant de me coucher. Ne voulant pas que cela devienne encore plus incontrôlable et être mal compris par les filles, j’ai cherché mon propre nom dans le chat de la messagerie pour déclencher une séance d’insultes:

     

    Tine TheChic

    [Putain de Wat. Putain de connard. Comment as-tu trouvé mon mot de passe?]

     

    Je peux le voir taper un message, et il répond rapidement.

     

    Je l’ai vu

     

    C’est réel? Sarawat utilise mon compte Facebook pour taper et je lui réponds avec exactement le même compte. On dirait que je me parle à moi-même, sauf que non.

     

    [Le mot de passe était de 6 chiffres. Comment l’as-tu trouvé?]

    123456, c’est un mot de passe débile.

     

    Wow... Tu es un tel buffle albinos(1). Tu es peut-être beau, mais tu es ignoble. Dans ma tête, je l’insulte gravement. La réponse que je lui donne en réalité est douce et sucrée en comparaison:

     

    [Ducon(2)]

     

    Au lieu d’obtenir des réponses, tout ce que je vois c’est…

     

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    [Ne fais plus jamais de conneries avec mon Facebook. Je te préviens]

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    [T’as compris?]

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    [Ugh, putain. Je ne peux pas m’occuper de ça]

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    [Arrête de m’envoyer des stickers!]

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    [C’est bon, j’abandonne]

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

    [Ughhh]

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi

     

    Je n’aurais jamais dû télécharger autant de stickers. Il les a presque tous utilisés. La conversation était complètement absurde. Je supprime les messages, énervé par les stupides stickers de Sarawat.

    Ding!

    Moins de trois minutes plus tard, je reçois une nouvelle notification.

     

    Tine TheChic

    Dépêchez-vous! Clip XX exclusif d'un voyou brutal qui prend sévèrement une fille sur l'autoroute. Regardez avant qu'il ne disparaisse!

     

    Woahh, quel connard! Non seulement il a regardé du porno, mais il a aussi laissé un virus faire des ravages sur mon Facebook. Maintenant c’est un vrai problème. Je ne sais pas où les vidéos se sont répandues. Tout ce que je peux faire, c’est supprimer toutes les images horribles. C’est fou. Même les gens qui ne m’ont jamais envoyé de messages auparavant commencent à me demander s’il se passe quelque chose. ‘Si excités que ça?’

    Certains soupçonnent que je pense tellement à Wat que ça m’excite. En réalité, la seule chose à laquelle je pense, c’est à la façon dont je vais l’attraper, lui casser les jambes et le noyer quelque part.

    Au départ, je voulais attendre demain pour mettre les choses au clair avec lui, mais je suis à bout. Je compose furieusement son numéro, attendant éternellement qu’il décroche. A quel point peut-on être occupé à une heure pareille?

    Un appel manqué. Deuxième appel manqué.

    Troisième... Bon. Mon cher Sarawat est un gars tellement génial.

    Juste au moment où j’ouvre la bouche pour parler, le message de l’autre côté me fait presque pleurer.

    [Le numéro que vous avez composé n’est pas disponible pour le moment.]

    Wow, il a éteint son téléphone.

     

    Le lendemain matin, je ne peux même pas dire s’il fait soleil ou s’il pleut, car ma vue est trop brouillée pour distinguer quoi que ce soit. Je n’ai pas dormi de la nuit. Le manque de sommeil n’a plus rien à voir avec la peur des cauchemars de Green, mais plutôt avec le fait d’être hanté par Sarawat.

    Lorsque le soleil frappe mon visage, je soulève ma tête de l’oreiller. Je prends une douche avant de me rendre à l’université. J’ai l’intention de sauter sur ce connard et de lui frapper la tête contre le sol plus tard dans la journée. Il est hors de question que je lui demande de m’aider à chasser Green. Je suis vraiment énervé en ce moment, je me sens comme une fille qui a ses règles.

    “Hé Nadech, laisse-moi copier tes devoirs.”

    “Pas maintenant,” je me dirige vers Puek, en jetant mon sac à dos sur la table et en lui faisant la tête.

    “Pourquoi es-tu si grincheux? Quelqu’un t’a violé en venant ici?”

    “C’est pire.”

    “Oh, je sais. Tu es stressé par ton statut Facebook, non? Je comprends que Sarawat est sexy, mais est-ce que tu devais vraiment l’annoncer comme ça? Tu étais vraiment si excité?”

    “Excité, mon cul! Je préférerais être enfermé pour l’éternité.”

    “Alors, pourquoi as-tu posté ce statut?”

    “Ce n’est pas moi qui l’ai posté.”

    “Si ce n’est pas toi, alors qui? Ton acolyte?”

    “Peu importe,” je mets fin à la conversation et je pars acheter du jus de prune chinois. Je paye et retourne à la table alors qu’Ohm et Fong arrivent.

    “Tine, c’est bien que tu sois là. Green était là tout à l’heure. Il n’arrêtait pas de demander de tes nouvelles,” me dit Ohm avec un visage impassible. Je sens un sentiment d’effroi envahir mon esprit.

    “Et qu’est-ce que tu lui as dit?”

    “Je lui ai dit que tu n’étais pas encore là, probablement trop occupé à baiser un oreiller dans ta chambre.”

    “Merde.”

    “C’est bien, non? Il a probablement couru pour aller se noyer. J’ai entendu dire que tu avais fait des trucs chauds hier soir.”

    “Ne parle pas de ça,” dis-je en grinçant des dents. Je regarde les trois avec un soupçon d’apocalypse sur le visage. Je veux dire, rien que me rendre à la faculté sans que les gens me regardent était déjà assez difficile...

    “Bien.”

    “Je ne veux pas en parler.”

    “Comment tu m’as brisé le cœur…”

    “Si je reste ici…”

    “Juste un peu plus longtemps…”

    “Si je reste ici…”

    “Tu n’écouteras pas mon cœur? Oh, mon coeur…”

    “Tu sais quoi, bébé?”

    “Quoi?”

    “Allez en enfer! Est-ce que j’ai l’air d’être d’humeur?” Je dis ça même si j’ai presque terminé la chanson. Merde.

     

    Parfois, il est bon d'être avec ces trois-là. C’est le pack complet, à part peut-être un avenir et la fortune. En fait, tout ce que c’est, c’est l’anéantissement de ma vie universitaire. Je suppose qu’ils aident au moins à soulager mon stress.

    Je dois me dépêcher de résoudre mes problèmes de la veille au lieu de m’en inquiéter. Il y en a beaucoup à résoudre.

    Lord Sarawat est probablement déjà à la faculté des Sciences Politiques.

    “Quand vous aurez fini de copier mes devoirs, rendez les miens pour moi aussi, d’accord,” je me lève, prenant ma bouteille d’eau et mon sac alors que je me prépare à partir.

    “Où vas-tu?”

    “Trouver Wat,” je réponds honnêtement.

    “Aw! Est-ce que ton cœur souffre pour lui?” Fong se moque de moi avec une voix dramatiquement tremblante et lève les sourcils de façon taquine. Il ne demande qu’à recevoir mon pied dans la figure.

    “Ce n’est pas mon cœur qui le réclame, ce sont mes pieds! Ils tremblent d’impatience.”

    “Tu vas lui faire mal?”

    “Nah! Mais je vais te faire mal si tu n’arrêtes pas d’être aussi curieux.”

    “Comme tu veux. Réserve tes pieds pour marcher.”

    J’ai filé avec colère hors du bâtiment de Droit, me dirigeant vers le bâtiment de Sciences Politiques tout proche. A la seconde où je mets le pied dehors, je sens les yeux de tout le monde se poser sur moi comme si j’étais une sorte d’horrible criminel. Les seniors, les autres étudiants de première année; ils se tournent tous vers moi comme des radars à la recherche d’un signal.

    Puuuutain. J’ai l’impression d’être au mauvais endroit.

    Tine n’a jamais rien fait de mal. Je n’ai jamais volé de nourriture dans un sanctuaire, alors pourquoi dois-je me retrouver dans une situation comme celle-ci?

    Mais stresser ne me mènera nulle part. Je parie que j’ai probablement commis le péché d’être un fouineur indiscret dans une vie antérieure. C’est peut-être pour cela que je paie maintenant ces péchés dans cette vie en ayant tout le monde qui se mêle de mes affaires.

    J’arrive à peine à dépasser un ensemble de tables en marbre avant de repérer la base de tous mes problèmes. Il est à une table à moins de vingt mètres de moi. Sans hésiter, je me dirige droit vers lui.

    “Pourquoi tu ne réponds pas au téléphone?” Je lui aboie dessus dès que je suis proche. Sarawat lève les yeux du manga One Piece qu’il tient dans ses mains, le regard terne. “Tu m’as dit de ne répondre à personne, alors je ne l’ai pas fait.”

    “Merde, je voulais dire d’autres personnes, pas de moi.”

    “Ce n’est pas ce que tu as dit.”

    “Tu fais exprès d’essayer de me taper sur les nerfs? Pourquoi as-tu éteint ton téléphone?”

    “C’était énervant.”

    J’ai juste envie de lui donner un coup de pied dans l’oreille.

    “Rends-moi mon téléphone,” dis-je en tendant la main vers lui pour lui signifier que je veux qu’il me rende mon téléphone - l’appareil qui détient la clé de mes comptes de réseaux sociaux (autrement dit, ma liberté).

    “Et mon téléphone? Tu l’as réparé?” répond Sarawat, agacé.

    “Je te le rendrai quand ce sera fait.”

    “Eh bien, quand le mien sera réparé, tu pourras venir chercher le tien.”

    Pourquoi doit-il rendre les choses si difficiles? Je n’ai jamais eu besoin d’autant de patience pour avoir une conversation avec quelqu’un.

    Il semble que Sarawat ne va sérieusement pas me rendre mon téléphone, ce qui ne me laisse pas d’autre choix que d’utiliser mon arme la plus mortelle. La même arme qui a fait tomber un nombre incalculable de filles à genoux: mon charme irrésistible.

    “Aw, ne t’entiche pas de moi maintenant. Tu as eu mon téléphone pendant toute une journée et tu ne veux toujours pas me le rendre?”

    “Personne ne t’a jamais appris quand tu étais enfant?”

    “Appris quoi?”

    “Appris à ne pas dire de bêtises. Tu as grandi et tu parles encore de cette façon.”

    “Comment ça, de cette façon? Tu devrais être gentil.”

    “La façon dont tu agis en ce moment. Pars, tu m’agaces.”

    “Agacé, agacé. Je ne peux pas t’acheter ce mot pour le mettre à la poubelle?”

    “Tu ne pourras pas te le permettre. Mes mots sont chers.”

    Oh wow! Quel mec attirant. Un joli visage et un beau parleur.

    “Combien de temps vas-tu continuer à me faire cette tête? J’essaie de lire,” poursuit Sarawat.

    J’avais prévu de lui dire ce que je pensais, mais c’est moi qui suis la cible de toutes ces paroles froides.

    “Promets-moi que tu ne trafiqueras plus mon téléphone.”

    “Je ne l’aurais pas fait si tu n’avais pas appelé pour m’embêter.”

    “Ok, c’est une promesse alors,” je déclare, ma colère s’évaporant soudainement. Je me glisse ensuite à sa table et entame une conversation avec désinvolture.

    “Ton surnom c’est Wat, pas vrai?”

    “C’est comme ça que mes amis m’appellent, mais ce n’est pas mon surnom,” répond-il, bien qu’il ne me regarde pas du tout.

    Sarawat devrait être assez fier, car je n’ai jamais souri aussi gentiment à un homme. C’est le premier homme à recevoir mon sourire le plus éclatant, et pourtant ce connard trouve que son manga à 50 bahts est plus important que moi.

    “Quel est ton surnom alors?” Je continue à demander.

    “Je n’en ai pas.”

    “Hein?”

    “Je n’en ai pas.”

    “Tu n’as pas de surnom?”

    “Ouais.”

    “A quoi pensaient tes parents? Comment ont-ils pu avoir un enfant et ne pas lui donner de surnom?”

    “Ils pensaient qu’un prénom serait suffisant. C’est une question bizarre.”

    Je réprime l’envie de lui demander comment il a survécu à son enfance. Quand il se présente, est-ce qu’il dit juste ‘Bonjour, je m’appelle Sarawat. Je n’ai pas de surnom parce que mes parents n’ont jamais pris la peine de m’en donner un’, juste comme ça? C’est complètement fou. Vraiment, sa famille - à quel point sont-ils marginaux? Je suis perdu. C’est une première pour moi.

    “Tu as des frères et soeurs?”

    “Ce ne sont pas tes affaires.”

    “Je veux juste savoir.”

    “J’ai deux frères et sœurs plus jeunes.”

    “Comment s’appellent-ils? Juste au cas où je les connaîtrais.”

    “Ils ne voudront pas connaître quelqu’un comme toi.”

    “Comment sais-tu cela? Ils n’ont pas de surnoms non plus? Toute ta famille s’appelle par son prénom?”

    L’expression de son visage, comme si le monde entier le dégoûtait, me fait presque rire aux éclats. Mon nouveau talent pour fourrer mon nez là où il ne faut pas est digne d’un Oscar.

    “Ils s’appellent Phukong et Phumuad(3),” dit-il enfin.

    “Ça doit être des surnoms, non?”

    “Mes parents se sont finalement souvenus de ça.”

    Si ses parents ont oublié de donner un nom à leur enfant, c’est que l’ennui doit être dans leurs gènes. Ça va être un travail difficile. Avec quel genre de personne bizarre et merdique j’essaie de me lier d’amitié?

    “Je m’appelle Tine.”

    “Qui a demandé?”

    “Je voulais te le dire.”

    “D’accord.”

    On est tous les deux silencieux pendant un moment. Bon, en regardant de plus près Sarawat, il est vrai qu’il est plutôt époustouflant. Après tout, c’est la raison pour laquelle les quatre membres du Star Gang l’ont choisi pour la bataille finale contre Green.

    Mais Sarawat est un homme grand et en forme, ce qui fait de lui l’opposé de ce que je recherche habituellement chez une fille.

    “Pourquoi tu regardes mon visage?”

    Sa question me fait sursauter. Je tourne rapidement la tête de l’autre côté, me grattant les cheveux pour tenter d’atténuer cette soudaine gêne.

    “Je... ne le faisais pas.”

    “Je suis sexy, n’est-ce pas?”

    “Tu es tellement imbu de toi-même. J’ai juste besoin que tu m’aides à arnaquer quelqu’un qui me harcèle,” je change de sujet.

    “Tu ne l’aimes pas parce qu’elle n’est pas jolie?”

    “C’est un mec,” je dis et il reste silencieux un moment avant de froncer les sourcils, suspicieux. S’il te plaît, ne le fais pas. Je ne suis pas gay.

    Il répond alors d’un ton fade, “Et alors? Ce n’est pas une bonne chose que quelqu’un s’intéresse à toi?”

    “Si c’est le cas, alors laisse-moi te demander: il y a pas mal de gens qui s’intéressent à toi, alors comment se fait-il que tu ne les aimes pas en retour?”

    “Est-ce nécessaire pour moi d’avoir de l’intérêt pour quelqu’un? Je ne veux pas que quelqu’un interfère dans ma vie. C’est agaçant.”

    “Exactement! Ta réponse, c’est ce que je ressens en ce moment.”

    “...”

    “Mais crois-moi, un jour tu voudras que quelqu’un interfère dans ta vie.”

    “Eh bien, je peux en voir un en ce moment.”

    “Où?”

    Celui qui est assis ici et qui se mêle de la vie de quelqu’un d’autre.

    Ses mains fortes saisissent ma tête pour la pousser brutalement avant qu’il ne rassemble ses affaires et s’en aille. Je me demande ce qui a bien pu se passer à l’instant. Est-ce que j’ai vraiment interféré à ce point?

     

    Lors de la journée d’activités, je me fraye un chemin à travers un grand groupe d’étudiants de première année dans le petit hall. Tout le monde est là parce que nous devons trouver des clubs à rejoindre afin d’obtenir suffisamment de crédits pour être diplômés. Je n’ai toujours pas trouvé lequel rejoindre car je suis trop distrait par Green, qui s’est attaché à moi comme une sangsue.

    C’est un vrai miracle que j’aie réussi à lui échapper. Je ne suis toujours pas près de choisir un club, et Puek et Fong ont décidé d’en choisir un à l’aveuglette. Ils ont fini par choisir les clubs “Fabrication de liqueur à base de plantes” et “Massage des pieds”. Ohm semble avoir décidé de rejoindre le club de “Cover Dance” dans l’espoir de pouvoir regarder les culottes des filles. Ils m’ont tous abandonné pour penser péniblement à un club tout seul. Finalement, j’aperçois un club de ping-pong, “Salut.”

    “On est complet!”

    Je n’ai même pas eu l’occasion de demander avant que l’avenir que je venais d’imaginer me soit enlevé.

    Au lieu de cela, je décide de me glisser dans l’une des plus longues files d’attente, une liste de clubs à la main. Quelques étudiants en ingénierie jouent de la guitare sur une petite scène à proximité, ce qui m’amène à la conclusion que ce stand doit appartenir au club de musique. Je ne suis pas sûr du nombre de nouveaux membres qu’ils vont admettre.

    “Hey, toi,” j’interpelle la personne devant moi, ne voulant pas perdre mon temps à faire la queue s’ils n’acceptent que quelques personnes de toute façon.

    “Oui?” La fille joufflue devant moi lève les yeux vers moi.

    “Combien de membres ce club prend-il?”

    “Au début, ils ont dit cinquante, mais il y a eu tellement de gens qui voulaient s’inscrire que les seniors ont décidé de choisir qui serait admis.”

    “C’est comme ça tous les ans?” Je me murmure à moi-même plutôt que de demander à la fille, mais une femme en uniforme d’ingénieur se tourne vers moi, “Pas tous les ans, mais cette année, un étudiant de première année s’est inscrit et puis un groupe de filles est venu aussi.”

    “Quel étudiant?”

    “Sarawat.”

    Merde. C’est pour ça que la queue est si longue. Même si je n’ai aucun moyen d’entrer dans le club, je vais inscrire mon nom juste pour induire Green en erreur. Je ne peux peut-être pas le voir en ce moment, mais je suis certain qu’il va me surprendre d’une seconde à l’autre.

    Un par un, tout le monde dans la file s’inscrit. On nous remet une feuille de papier avec des cases où nous devons écrire nos noms et nos spécialités, ainsi que la raison pour laquelle nous voulons apprendre la musique.

    Honnêtement, je n’ai pas vraiment envie de l’apprendre. Je veux juste échapper à un fou amoureux et poursuivre Sarawat. Le truc, c’est que je ne m’attendais pas à ce que ce soit si difficile. Je ne sais pas jouer de la guitare ou de la batterie, ni de la basse d’ailleurs. Je ne sais jouer d’aucun instrument, mais il est évident que je vais devoir si bien mentir sur mes raisons de m’engager qu’ils auront suffisamment pitié de moi pour me laisser entrer.

     

    Enfin, le moment angoissant que tous les candidats attendaient est arrivé. Un groupe de seniors à l’air effrayant monte sur une petite scène pour annoncer les résultats.

    “Cette année, le club de musique a reçu beaucoup d’attention de la part de tous les élèves de première année. Nous serions très heureux de vous accueillir dans le club, mais malheureusement nous ne pouvons accepter qu’un nombre limité de personnes. Nous n’avons tout simplement pas assez d’instructeurs et d’instruments.”

    D’après ce que j’ai compris pendant que j’attendais, le club de musique est tellement populaire cette année qu’ils ont fini par manquer de feuilles d’inscription. L’année dernière, le club était loin d’être aussi convoité, et c’est habituellement une compétition féroce entre les centaines de clubs du campus. Personne ne s’attendait à une telle situation.

    “Nous ne sélectionnerons pas seulement des musiciens expérimentés. Certains qui ne connaissent encore aucun instrument ont prouvé qu’ils étaient suffisamment déterminés pour être choisis eux aussi. Maintenant que c’est dit, je vais vous lire les noms des nouveaux membres du club de musique. Le premier sur la liste est Jirachote de la faculté d’Ingénierie. Deuxième…” Le senior continue de lire les noms de sa liste pendant un long moment.

    “... le numéro 24 est Sarawat de la faculté de Sciences Politiques.”

    Une seconde après l’annonce de son nom, tous les candidats en attente se lèvent en poussant de grands cris. Je suis abasourdi. Est-ce un club de musique ou un résultat de loterie?

    Je suppose que si ce n’était pas pour Sarawat, tout le monde serait parti et aurait repris son chemin depuis longtemps.

    “... numéro 49, Kunyarat de la faculté des Affaires, et numéro 50…”

    Teepakorn. Teepakorn. Teepakorn.

    Même si ce ne sont en fait que les résultats d’un club de musique ordinaire, j’ai l’impression d’être dans la phase d’élimination de Miss Univers.

    “... Busaba de la faculté des Sciences Sociales.”

    J’ai perdu ma chance. Je suis assis au milieu d’un groupe de jolies filles, je me sens complètement déprimé. Je devrais probablement arrêter de harceler Sarawat, parce que trouver quelqu’un que j’aime vraiment ou peut-être juste tuer Green serait tellement plus facile.

    Je me lève pour aller trouver un nouveau club, même si je dois risquer de tomber sur Green. Au moment où je m’apprête à partir, quelqu’un m’en empêche.

    “Ducon(2).” Je nomme celui qui se tient en face de moi.

    “Quoi? Tu es contrarié que les seniors ne t’aient pas choisi?”

    “Bien sûr, jette-moi ça à la figure. Je ne voulais même pas vraiment rejoindre ce stupide club de musique. Le club de cuisine thaïlandaise du nord-est semble bien plus intéressant.” En fait, je ne sais pas cuisiner du tout.

    “Alors vas-y.”

    “Je vais y aller. Pourquoi tu m’en empêches?”

    “Idiot... Tu as le physique, mais ton cerveau est inexistant,” me raille Sarawat.

    “D’accord, Monsieur je-sais-tout. L’impitoyable Lion Blanc(4),” je tente de le ridiculiser à mon tour avant que le grand garçon ne m’entraîne à sa suite. Il m’emmène derrière la scène jusqu’à un endroit où se tiennent quelques seniors et le président du club.

    “Hé, quoi de neuf, Wat?” demande l’un d’eux, surpris.

    “Mon ami veut rejoindre le club,” leur dit le crétin à côté de moi. Il y a seulement une seconde, je lui ai dit que je ne voulais pas m’inscrire, et pourtant, il a soudainement décidé de prendre les décisions à ma place.

    “On est complet.”

    “Je veux que vous y réfléchissiez.”

    “Ok, Tine de la faculté de Droit,” le président du club jette un coup d’œil à mon badge avant de me demander soudainement, “De quoi voudrais-tu jouer?”

    “De la guitare.”

    “Tu sais jouer de la guitare?”

    “Non.”

    “As-tu déjà touché les cordes d’une guitare?”

    “Jamais.”

    “Tu connais le do majeur?”

    “Non.”

    “Mi mineur?”

    “Je ne connais pas non plus.”

    “Préfères-tu les guitares acoustiques, classiques ou électriques?”

    Je secoue la tête.

    “Takamine?”

    “Quoi?”

    “Quelles marques de guitares connais-tu?”

    “Aucune.”

    “Honnêtement, tu ne connais rien du tout?”

    “Moi?” je demande en me montrant du doigt avant de jeter un coup d’œil au gars à côté de moi, confus.

    “...”

    Je connais Sarawat, et à cause de lui, je veux jouer de la guitare.

     

    C’est la première session du club de musique et donc le premier rassemblement des membres de première année et de tous les seniors. L’atmosphère dans la salle est animée. Les nouveaux membres sont invités à s’asseoir ensemble dans un coin.

    Il semble que tout le monde savait déjà dès le départ de quel instrument il voulait jouer, car ils ont déjà apporté le leur. Y compris le gars qui est toujours le centre d’attention. Je parle évidemment de Sarawat, le chouchou des vraies et des pas-si-vraies filles. Ce n’est que la première fois et il a déjà apporté sa coûteuse guitare classique au club, espérant probablement être témoin de sa propre popularité.

    “Salut, tout le monde. Tout d’abord, je veux que tout le monde se regroupe en fonction des instruments dont vous allez jouer. D’abord les guitares, allez vers la gauche. Pour ceux qui vont jouer de la batterie, allez au fond de la salle. Et les basses vont à droite…” Le président du club continue à nous donner des instructions jusqu’à ce que nous soyons tous séparés en groupes.

    Les guitaristes sont un groupe assez étrange. Je ne sais pas s’ils sont ici parce qu’ils veulent vraiment jouer de la guitare ou s’ils sont juste venus pour suivre Sarawat. Je suis prêt à parier que pour la plupart d’entre eux, c’est la deuxième raison, tout comme pour moi.

    “Pour ceux d’entre vous qui ont déjà été divisés en groupes, suivez le personnel vers les autres salles. Ne rompez pas la ligne,” poursuit le président et même si nous venons de nous asseoir, nous nous relevons tous. Nous sommes conduits dans une salle de répétition inhabituellement grande. On peut facilement y mettre plus de dix personnes. La plupart décident de faire connaissance pour passer le temps pendant que nous attendons. Pour une raison quelconque, je me retrouve assis à côté du garçon populaire, et nous n’avons pas d’autre choix que de parler.

    “Tes mains sont belles,” je commence.

    “On n’a pas tous des mains rugueuses comme toi.”

    “Hé, je ne faisais que te complimenter. Là, je suis gentil et tu es encore grossier.”

    “Je suis honnête. Je suis supposé mentir et dire que tu as de jolies mains, Nuisance?”

    “Ne m’appelle pas comme ça.”

    “Nuisance.”

    “Sarawat.”

    “Nuisance.”

    “Va te faire foutre.”

    “Nuisance.”

    “Ugh! Espèce d’ordure.”

    “Nuisance.”

    “Le couple qui se dispute, levez-vous maintenant.”

    Oh non. On est foutu. A cause de ce type, je dois maintenant me lever devant tout le monde, et je dois même l’avoir à mes côtés.

    “Je vous ai vu vous disputer. Maintenant vous devez faire le dernier jeu pour briser la glace. Est-ce que vous voyez ce bonbon?”

    “Oui.” En quoi cela a-t-il un rapport avec l’activité?

    “Les filles n’ont pas à faire ça, mais toi, le gars devant, prends ça.”

    Je fixe le grand senior sans ciller. Alors que je le regarde donner le minuscule bonbon à un camarade de première année, je sens soudain mes entrailles se glacer.

    “Déballe-le.”

    “C... c’est fait.”

    “Maintenant, suce-le.”

    Merde, je peux déjà sentir une mort certaine sur le point de me frapper.

    “Ewww,” crient les filles. Heureusement pour elles, les seniors ne font jouer que les garçons, ce qui veut dire que je n’ai absolument aucune chance. S’il vous plaît, non, mes chers seniors. Je vous aime les gars. Je vous ai fait confiance pour ne pas utiliser ce jeu.

    “Maintenant, utilise ta bouche pour passer le bonbon à la personne à côté de toi.”

    Ces mots me donnent envie de vomir. Même si mon cœur a chuté à mes pieds, je réussis à rester debout en regardant les autres se passer le bonbon, de bouche en bouche.

    Non... je réalise que je serai l’un des derniers.

    “Récupérez-le rapidement, puis nous nous rapprocherons tous très vite,” ajoute le senior.

    Les gars qui jouent habituellement les durs sont tellement horrifiés qu’ils semblent tous prêts à vomir. C’est presque à mon tour de sucer le bonbon qui a maintenant la taille des parties intimes d’une fourmi. Puis le destin semble enfin être de mon côté: le garçon avant moi fait accidentellement tomber le bonbon au sol.

    Oui, j’ai été épargné.

    La joie pure me donne envie de serrer Sarawat très fort, mais la voix du senior interrompt mes pensées, “Il est tombé. Il ne reste que deux d’entre vous.”

    “...”

    “Ne vous inquiétez pas, nous allons juste recommencer. Tine de Droit, ouvre ta bouche.”

    Merde. Qui a bien pu penser à ce truc? Il n’y a aucun moyen de désobéir à la suprématie de la dictature du méchant senior. Il ose me fourrer trois bonbons dans la bouche avant de me pousser vers Sarawat. Sarawat ne semble absolument pas ennuyé.

    “Oh mon dieu!” crient bruyamment deux filles lorsque le senior me pousse vers le plus grand.

    “Mets-le sous tes dents,” dit doucement Sarawat.

    Mec, il y en a trois, comment je suis censé faire ça?

    “Hnnh?”

    “Pousse-le vers l’extérieur. Est-ce que je dois vraiment te dire comment?”

    “E-eu-e-a-e-aire?” Je peux ne pas le faire?

    “N’avale pas, ou les seniors vont rendre ça encore pire pour toi.”

    J’ai juste envie de pleurer. Je ne peux rien contrôler, mais je dois juste le laisser tenir mon visage. Son nez est proche du mien et je retiens instinctivement ma respiration.

    “Ah! Sarawat et Tine! Non!” Les gens qui nous regardent ont du mal à contenir leur joie. Je ne sais pas quoi faire, alors je ferme les yeux. Je laisse ses lèvres toucher les miennes un instant avant de me retirer. J’ai les yeux qui pleurent et je me laisse tomber sur le sol.

    Bang!

    “Hey!”

    Les trois bonbons sont toujours dans ma bouche. Enfin, maintenant, il y en a un quatrième que Sarawat vient d’ajouter à ma collection.

    J’ai vraiment envie de lui demander comment il pense que c’est censé m’aider.

    Tu continues à te foutre de moi.

    Va te faire voir.

    Mon cœur.

    ~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

    (1) En thaï, traiter quelqu’un de “buffle” est une façon grossière de dire qu’il est stupide. En gros, Tine traite Sarawat de “sombre crétin”.

    (2) Twat: Ici, Tine fait un jeu de mot avec Sarawat.

    (3)Phukong’ veut dire ‘Chef’, ‘Phumuad’ veut dire ‘Lieutenant’. Ni l’un ni l’autre ne sont des noms réels.

    (4) Dans toutes les universités thaïlandaises avec une faculté de Sciences Politiques, les étudiants de cette faculté se font appeler “lions”. Les couleurs indiquent à quelle université ils appartiennent (par exemple, “blanc” est un étudiant de l’université de Chiang Mai).

     

    Chapitre 3: S’il te plaît, ne doute pas de ma confiance en toi


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