• Chapitre 17

    Parce que je regardais le téléphone depuis un moment, il sembla que Solo comprit lentement que l'appel de tout à l'heure n'était pas de Kao comme il le pensait. Je ne savais pas depuis combien de temps nous étions assis ici comme ça. Je ne dis rien, et Solo non plus. Nous continuâmes à nous regarder en silence, en attendant le moment de parler.

    " As-tu faim ?" A la fin, c'est moi qui brisai le silence et le sentiment de malaise entre nous.

    "Guitare..." Solo me regarda avec un regard suppliant. Ses yeux regardaient froidement les autres mais pas moi.

    "La personne qui a appelé..." Je me mis à parler. Solo me regarda immédiatement avec un regard fâché. "Il a dit que si tu le considères toujours comme un ami, s'il te plaît, ne désobéis pas à Khun Tan..." 

    Juste à temps, je retins sa main qui était sur le point de frapper la table, car je savais qu'il réagirait comme ça. 

    "Il a aussi dit que Khun Tan viendra lui-même si tu ne le contactes pas."

    "Jay..." Solo grinça des dents en tenant ma main, la serrant jusqu'à ce que ça fasse mal.

    "So’..." Je souris et changeai la position de nos mains pour que ce soit moi qui la lui tienne. "So' a dit que si tu es prêt, alors tu diras à P' d'écouter... et P' respectera cette décision."

    Tant qu'il ne voudrait pas que je le sache, alors je continuerais à ne pas savoir. Et même si j'avais des doutes, je ne demanderais toujours pas.

    "Mais So' doit savoir que... si tu ne veux pas te retrouver dans une impasse, nous devons en parler ensemble. Et nous devons résoudre ce problème. Si So' voulait que P' soit là, alors So' doit le dire à P'. Nous pouvons nous aider tous les deux." Je caressai la main qui me tenait fermement jusqu'à ce qu'il relâche sa prise. Solo continua à regarder mon visage et je ne pouvais que le regarder en retour... avec un regard compréhensif.

    Je comprenais tout, même s'il ne disait rien... Je comprenais qu'il avait ses propres raisons.

    "Si So' est heureux avec la situation actuelle, alors laisse les problèmes de côté. Et P' sera heureux aujourd'hui aussi... mais le jour où les problèmes surgiront subitement et que P' n'en saura rien, alors il faut savoir que tout se soldera par une impasse où nous ne pourrons rien faire d'autre que de nous quitter." Je ne pouvais rien dire d'autre mais juste sourire à la personne dont les yeux étaient baissés. 

    Il devait prendre sa propre décision...

    Solo était encore un jeune homme qui n'avait que dix-huit ou dix-neuf ans. Il était encore jeune et inexpérimenté par rapport à ceux qui prenaient déjà soin d'eux. Ce dont je me souvenais, c'était qu'il était encore comme un grand enfant... même si comme ça, je ne pouvais que l'aider à réfléchir, mais pas à se décider.

    Je ne savais pas à quel point il avait du mal à faire face à ses problèmes tout seul. Je ne savais pas comment l'aider car il ne disait jamais rien.

    Mais s'il me le racontait... s'il s'exprimait, je serais certainement la première personne à le soutenir et à régler les problèmes avec lui.

    "Je ne sais pas ce que je dois faire..."  Solo commença à parler lentement. Il baissa son visage jusqu'à ce que je ne puisse plus voir ses yeux.

    " Dis à P. "

    "J'ai peur de perdre Guitare... J'ai essayé de faire comme si de rien n'était et de régler les problèmes tout seul." Sa main serrait la mienne comme s'il avait peur que je m'éloigne et que je parte. 

    "..."

    "Une fois, j'ai dit que si nous n'étions pas ensemble et si Guitare voulait partir, je lâcherais prise. Mais en fait, j'ai peur... peur que Guitare s'en aille".

    "So’..."

    "Il y a deux raisons pour lesquelles je ne veux toujours pas être avec Guitare." Solo leva les yeux et il y avait une douleur qui se reflétait dans ses yeux, ce qui me fit me sentir mal aussi, "Je voulais donner à Guitare des voies différentes... parce que je sais que quelque chose comme ça va arriver. Je sais comment est mon père. Quand mon père va s'impliquer, Guitare sera blessé. Je ne veux pas retenir Guitare, si tu veux partir. Mais si nous sortons vraiment ensemble... et d'ici là, même si Guitare pleure, je ne lâcherai jamais".

    "..."

    Je ne pus rien dire en retour quand j'entendis ce qu'il avait dit. C'était tellement inattendu. La seule chose que je pouvais faire était de lui tenir les mains fermement.

    "J'ai été si égoïste, dès le premier jour où j'ai abordé Guitare. Parce que depuis le début, je savais déjà qu'il y aurait des problèmes, mais j'ai continué à m'approcher même si je savais qu'un jour Guitare serait blessé, mais je ne me suis pas arrêté... au lieu de cela, j'ai attiré Guitare".

    J'avais l'impression que mon cœur battait plus lentement. Je ressentais la douleur partout sur moi juste parce que je voyais son visage triste.

    "L'autre raison n'est pas liée à ce problème. Il s'agit de ma mère... mais je ne veux toujours pas en parler."

    Je ne dis rien et je me contentai de hocher la tête. Parce que l'expression de Solo sembla encore plus douloureuse qu'avant quand il parla de sa mère.

    "Si Guitare veut s'éloigner de moi maintenant... je ne te retiendrai pas." La main qui me tenait fermement commença à lentement se relâcher. Solo me fit un sourire comme s'il se préparait à accepter ce qui allait arriver. 

    Je lâchai lentement sa main puis je regardai son visage triste en souriant, comme d'habitude. Puis, je tapotai doucement sa cuisse.

    "Raconte à P'."

    "Guitare..." Solo m'appela doucement. Un petit sourire heureux apparut sur son visage, remplaçant son regard blessé, et cela me réchauffa le cœur.

    Je caressai la tête de celui qui avait laissé tomber son corps pour s'allonger sur mes genoux. Solo me regarda et je l'observai en retour, puis nous nous sourîmes. Je ne lui avais toujours rien dit, mais les gestes que je faisais étaient si clairs et cela le touchait.

    J'avais choisi de rester ici...

    "Je n'apprécie pas mon père, je ne l'aime même pas, il n'y a rien qui me lie à lui..." Solo parlait d'une voix froide. Ses yeux avaient l'air durs, mais quand je lui fis un doux sourire, il sembla s'adoucir presque immédiatement.

    "Depuis le décès de ma mère il y a quatre ans, la seule personne qui a toujours été mon ami c'est Jay. Même si je savais qu'il est du côté de mon père, je le respectais toujours autant comme un ami, un frère et un membre de la famille..."

    J'acquiesçai alors que ma main continuait à lui caresser la tête. Mais dans la mienne, il y avait quelque chose que je ne comprenais toujours pas.

    Un instant plus tôt, la personne qui avait appelé était probablement Jay... et devait être la même personne qui avait appelé Solo à la plage la dernière fois. Alors si c'était le cas, pourquoi Solo avait-il jeté son téléphone et s'était-il mis en colère contre lui ?

    "Il y a deux ans, Père a demandé à Jay de le rejoindre. Il a facilement accepté d'y retourner, même si Jay savait que je n'avais plus personne... et à cause de cela, j'ai compris que Jay était devenu mon ami uniquement parce que mon père le lui avait ordonné." Solo prit ma main et la frotta doucement.

    "On m'a laissé tout seul. J'ai tout fait tout seul et Jay ne m'a plus jamais contacté. Père lui-même ne s'en soucie pas non plus. J'ai vécu comme ça pendant environ un an..."

    Je commençais lentement à comprendre et à me rendre compte du chagrin qui se cachait sous la voix qui tentait de paraître calme.

    Les gens qui n'avaient jamais vécu cela ne comprendraient jamais.

    C'était bien qu'il s'exprime même si je ne comprenais pas vraiment. Bien que j'avais aussi eu une vie difficile, j'avais toujours des frères et soeurs plus jeunes (d'autres orphelins) et Mae Yai. Nous n'avions pas de parents, mais ce n'était pas un problème.

    Mais pas pour Solo...

    Il n'avait que deux personnes dans sa vie. Et les deux étaient parties.

    Il avait dû se sentir si triste...

    "J’ai continué à boire de l'alcool et à sortir le soir. J'ai fait tout ce que je pensais être mal. Chaque fois que je faisais quelque chose de grave au point de devoir aller en prison, des gens travaillant pour mon père venaient.  Mon père n'est jamais intervenu ou n'a jamais rien dit. Il me faisait juste sortir puis me plaçait dans une grande maison à chaque fois.

    Solo rit comme s'il se forçait. Je lui caressai doucement la tête et je lui fis un sourire, je voulais qu'il sache que j'étais là.

    "Le jour où j'ai choisi mon style de vie, c'est le jour où Jay m'a recontacté pour la première fois en deux ans. Il m'a dit que mon père m'autorisait à étudier où je voulais en raison du dernier souhait de ma mère avant son décès. J'ai donc cessé de faire des bêtises parce que je me souviens toujours de ma mère. J'ai fait mes valises et je suis venu ici. Je continue mes études à l'université où ma mère avait étudié auparavant..."

    Je n'intervint pas quand je vis Solo figé, car je comprenais bien ses sentiments. C'était peut-être une situation différente pour nous, il se souvenait d'une personne qui était décédée, alors que je me souvenais de la personne qui était toujours en vie mais que je n'avais aucune chance de revoir.

    "Je savais que mon père me surveille toujours. Je sais ce qu'il veut. Tout est arrivé parce que je suis le seul enfant d'un millionnaire qui possède une énorme entreprise. Et ce millionnaire veut que je marche sur le chemin qu'il a choisi et décidé. Il m'a appelé pour me mettre en garde contre Guitare, contre mes amis et m'a averti que je ne devais pas m'approcher trop près de quiconque. Il me rappelle ce que je dois faire et le genre de vie que je dois avoir... Père va développer son entreprise jusqu'ici et il me confiera le rôle d'en prendre soin."

    Je l'écoutai avec un pincement au cœur. Ses épaules portaient un fardeau plus important que je ne le pensais et cela me fit sentir lourd aussi.

    "Je ne suis pas heureux, je ne dors pas bien et je suis fatigué de tout."

    Solo ferma les yeux comme s'il essayait de contrôler ses émotions. Son visage était plein de réactions contradictoires qui ne pouvaient pas être décrites avec des mots.

    "Puis j'ai rencontré Guitare..."

    Il ouvrit les yeux puis me fit un sourire heureux.

    "Le jour où ma mère est décédée, elle est partie avec mon sourire et mon bonheur..."

    "So'..."

    "Mais le jour où Guitare est entré dans ma vie... Guitare m'a appris à sourire et à être heureux à nouveau."

    Je souris... et en même temps, je vis des gouttes d'eau tomber sur la joue de la personne qui était couchée sur mes genoux. Le lourd sentiment qui s'était accumulé en moi depuis que j'avais commencé à l'écouter se transforma en larmes à la place de la personne qui refusait de pleurer.

    "Ce n'est pas grave si Solo ne ressent rien ou ne pleure pas... P' pleurera à la place."

    "Guitare..." Solo s'assit, leva la main et essuya mes larmes. Il me tira et me serra dans ses bras.

    "So'..." Je lui rendis son étreinte. Je ne sanglotais pas, c'était juste que j'avais de la peine pour lui jusqu'à ce que mes larmes sortent.

    "Oui ?"

    "Tu n'es pas fatigué ?" Je fermai les yeux en reconnaissant le bruit du cœur lourd de la personne qui me serrait dans ses bras. "Porter ça tout seul… Tu ne te sens pas fatigué ?"

    "... fatigué." Solo murmura Solo en resserrant son étreinte.

    "So', partage-le avec P'... laisse P' t'aider à le porter."

    Je ne savais pas quel genre d'expression Solo faisait parce que mon visage était calé contre son torse. Mais je pouvais entendre son coeur qui battait plus vite.

    "Guitare... ne partira pas ?" Celui qui avait posé son menton sur ma tête me le demanda à voix haute.

    "Si P' s'en va, qui continuera à supplier et à implorer P' ?... Quel husky peut le remplacer ?" Je dis en plaisantant et l'autre personne rit doucement.

    "Merci."

    "So'..." Je me redressai et regardai le visage de celui qui souriait et levai la main pour lui caresser la joue. "Écoute P'."

    "Oui."

    Je ris quand il hocha la tête de façon énergique avec un sourire.

    "So' a demandé à P' d'emménager ensemble, alors laisse P' porter le fardeau aussi. Et à partir de maintenant, s'il y a des problèmes, nous devons nous en parler..."

    Solo s'appuya alors sur ma main, qui lui touchait la joue avant de hocher lentement la tête.

    "Le père de So' ne lâchera jamais prise à propos de P' ?"

    "Oui..."

    "Pour être honnête, P' ne sait pas quoi faire maintenant. P' ne sait pas comment aider So'. P' ne sait pas comment aider avec les problèmes concernant ton père. P' ne sait vraiment rien. Mais pour cela, il faut être préparé, on ne peut pas attendre que ça arrive..."

    J'exprimais mes pensées. Je ne savais même pas quel genre de père il était ou ce qu'il allait faire ensuite, mais...

    "...mais je veux que So' soit confiant, car nous allons traverser ça ensemble. So' doit faire tout ce que So' peut faire. Et P' fera tout ce que P' peut faire." 

    Solo me regarda alors avec un regard éloquent sans qu'il ait à dire quoi que ce soit.

    "Oui..."

    "Nous pouvons résoudre ce problème petit à petit... nous le réglerons ensemble." 

    Les deux sujets concernaient son père... et ses problèmes aussi.

    "Oui."

    "Tu veux l'appeler ?" Je lui rappelai les messages de Jay. Solo ne montra aucune agressivité, il fit juste un signe de tête silencieux.

    "Je vais l'appeler." Solo prit son téléphone et mit le haut-parleur. Je souris quand je vis qu'il n'essayait plus de cacher quoi que ce soit.

    [Sawadee krap, Khun Chaai.]

    C'était la même voix que celle de l'appel que j'avais reçu un peu plus tôt... comme s'il attendait.

    "Où est père ?" Solo parla brièvement. Je lui frottai doucement la main et lui souris jusqu'à ce que sa crispation s'atténue.

    [Khun Tan était en réunion. Mais il m'a dit que si quelque chose arrivait, je m'en occupais.]

    "Qu'est-ce qui se passe ?"

    [Je voudrais parler à Khun Gui na krap.]

    " Pas question !" Solo cria, mais quand il se retourna pour me regarder dans les yeux, il soupira profondément comme s'il essayait de contrôler ses émotions.

    [En tant qu'ami, je veux juste rappeler à Khun Chaai... que je ne veux pas que ta personne importante soit blessée et souffre.]

    "Tais-toi et dis-moi ce que mon père a fait ?"

    [Khun Tan veut rappeler à Khun Chaai son statut. Et encore une chose, Khun Tan a reporté son voyage de travail et a dit qu'il se rendrait en Thaïlande le mois prochain. Quand il aura terminé ses travaux, alors il s'y envolera].

    Cela signifiait qu'il ne viendrait pas ici prochainement.

    "Je comprends." Solo soupira alors qu'il se sentait soulagé. "Juste ça ?"

    [Khun Chaai... Je serai toujours ton ami. Je voulais donc te rappeler que maintenant Khun Tan sait pour Khun Gui. Si tu ne veux pas qu'il souffre, s'il te plaît arrête ça]. 

    Solo se retourna pour regarder mon visage comme s'il me demandait de lui donner une réponse. Alors je lui fis un sourire pâle en guise de réponse. Il sourit et donna sa réponse.

    "Non..."

    J'arrêtai ses mots en tenant son visage entre mes deux mains. Je rapprochai mon visage jusqu'à ce que nous nous touchions et que nous puissions sentir la respiration de l'autre. 

    "Quand So' a dit qu'il était égoïste en s'approchant de P', même si tu savais que P' serait blessé. Alors P' sera aussi égoïste..." 

    “...”

    " Sois avec P'...et quoi qu'il arrive, ne laisse jamais P' partir." 

    Même si je devais pleurer... être découragé jusqu'à ce que je veuille partir et m'échapper ou quoi qu'il arrive...

    J'avais déjà décidé...

    "Ta réponse ?" Je souris puis j'appuyai mon nez sur le sien, comme si je le revendiquais.

    Le silence ne dura qu'un instant... quelques secondes plus tard, j'obtins la réponse alors que nos lèvres étaient à peine pressées comme la réponse à toutes les questions. 

    J'espère que tu comprendras, Khun Jay.

    [Compris et à bientôt.]

    ----------------------------------------

    "Guitare..."

    "Oui ?"

    Les bras de pieuvre du grand husky me serraient à la taille. Je me retournai pour regarder le visage au sourire joyeux de la personne qui était allongée à côté de moi et je ne pouvais pas m’empêcher de sourire aussi.

    "Nous sommes ensemble..."

    "Oui."

    "Même si tu voulais partir, tu ne peux pas le faire na."  Solo répéta les mêmes mots trois fois. Je ris à ses mots jusqu'à ce qu'il fasse la tête. 

    "Même si tu pars loin,  je ne te laisserai jamais partir." Je levai les mains et lui pinçai doucement les joues.

    Solo s'endormit tout en souriant. Je le regardai avec un sourire que je ne pouvais pas arrêter en repensant à ses mots et ça me réchauffait le cœur à chaque fois.

    J'étais son bonheur. 

    Mais il n'y avait pas que ça...

    Depuis le premier jour où il était venu au café jusqu'à aujourd'hui où il m'avait pris dans ses bras pour dormir...

    Plus nous passions du temps ensemble, plus mon cœur était confiant... 

    "So' est aussi mon bonheur."



    Chapitre 17


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