• Chapitre 10 : Friendship

    Chapitre 10 : Friendship

    La nuit a été difficile, mes cauchemars ont été nombreux et j’ai rapidement abandonné l’idée de me reposer. Les paroles du psychiatre tournent en boucle dans ma tête, il est tellement facile d’y croire que j’ai toutes les difficultés à me raccrocher au discours de Ohm pour ne pas céder à la panique. Je n’ai pas quitté ma chambre, je suis resté seul, allongé dans mon lit à fixer le plafond et à serrer la couverture entre mes mains car je ne veux pas être un poids pour les autres, en ayant besoin d’être réconforté en permanence. J’ai accueilli le lever du soleil avec soulagement, j’ai pris une douche rapide avant de retrouver avec plaisir la cuisine et les habitants de la maison.

    J’entre dans la pièce silencieuse où les trois personnes sont en train de manger et je peux voir à leurs visages encore à moitié endormis, que je ne suis pas le seul à avoir eu une nuit difficile, sauf peut-être pour Joong, mais je pense que ce n’est pas dans son caractère de se laisser abattre. Ils lèvent tous les trois la tête vers moi et je leur fais un petit sourire timide. Quand Chermarn croise mon regard, elle me fait un petit sourire en retour avant qu’elle ne se lève pour venir vers moi. “Fluke ! Je suis tellement désolée ! Il avait de très bonnes recommandations et je pensais vraiment que….” Je sens mon cœur se serrer de la voir se sentir coupable de ce qui s’est passé hier, alors je fais la seule chose à laquelle je pense pour qu’elle arrête de s’accuser et de s’excuser. Sans hésiter, je glisse mes bras autour de sa taille, je pose ma tête contre son épaule et j’espère qu’elle comprendra ainsi, que je ne lui en veux absolument pas. Elle se raidit un instant à cause de la surprise avant de m’entourer de ses bras alors qu’une de ses mains caresse lentement mes cheveux. “Je ne te forcerai plus, tu es... “ Elle se recule légèrement pour prendre mon visage entre ses mains et je sens une douce chaleur s’éveiller en moi, chaleur que je pensais morte depuis bien longtemps. Car soudain, j’ai l’impression que c’est une mère qui prend soin de moi. “... un adulte maintenant et j’écouterai ce que tu as à dire, même si cela ne plait pas à Phi Wanchana.” Un sourire plus franc apparaît sur mes lèvres et je hoche doucement la tête, elle caresse mes joues avant de déposer un baiser sur mon front et je sursaute légèrement, surpris, je ne suis plus habitué à ces gestes maternels, mais cela me fait un bien fou. “Viens manger, n’en parlons plus.”

    Je la suis volontiers à table et mon regard cherche rapidement celui de Ohm, il ne me quitte pas un instant des yeux, et je me sens rougir tandis que mon sourire s’agrandit un peu plus quand il me tend mon assiette à peine remplie. Je lui fais un petit signe de tête pour le remercier. “Alors ok, on n’en parle plus, mais ça veut dire que Ohm et moi on n’a pas le droit d’aller lui expliquer notre façon de penser ?” La voix de Joong très sérieuse s’élève alors et on tourne tous la tête vers lui, il nous regarde un à un et à cet instant je pouffe de rire, du moins je fais un son un peu étrange qui pourrait passer pour un rire. “Hey ! Fluke ne rigole pas… je suis très sérieux, j’ai déjà préparé tout mon discours pour lui, je suis sûr que je pourrais le faire pleurer.” L'ambiance s’allège encore plus à l’instant où le jeune homme ouvre la bouche et je me sens soudain plus léger. 

    “La mère que je suis, vous interdit de faire ça, mais je vous recommande fortement de me désobéir.” La mère de Joong répond avec nonchalance et je reste bouche bée quand elle encourage à demi-mots ses enfants à régler son compte à ce psychiatre. Je baisse un peu la tête, je me sens bien, presque heureux. C’est pourtant de courte durée, car je ne peux pas m’empêcher de me questionner. A quoi ressemblerait ma famille si elle était encore en vie. Est-ce que l’on prendrait le temps de manger tous ensemble ? Mon père nous cuisinerait-il toujours le petit déjeuner ? Ma mère nous prendrait-elle dans ses bras pour nous réconforter ? La tristesse qui me percute est brutale, forte et… la main de Ohm saisit la mienne sous la table, il la serre doucement comme s’il avait deviné ce à quoi je suis en train de penser. Il n’a même pas besoin de prononcer le moindre mot pour que je me sente aussitôt apaisé, juste grâce à son pouce qui caresse lentement le dos de ma main.

    Dans l’ensemble, le petit déjeuner a été agréable, je me sens bien mieux et j’ai presque oublié les paroles du psychiatre. Je me suis aussi rendu compte que mon oncle est parti depuis plus d’une semaine maintenant. Il me manque et je veux avoir de ses nouvelles, enfin plus que le petit sms quotidien en tout cas. J’aime être ici, mais j’ai hâte de le revoir car il est devenu ma famille. Alors quand Cherman part pour son travail, que Ohm sort rapidement après un coup de téléphone pour son stage et que Joong se rend dans sa chambre pour réviser, moi je me dirige vers le salon où je lui envoie plusieurs SMS. Il y répond rapidement, même si c’est le milieu de la nuit là où il se trouve.

    Fluke : Mon oncle, est-ce que tout se passe bien pour toi ? 

    Mon Oncle : Tout va bien, mais les affaires prennent plus de temps que prévu, j’ai pris beaucoup de retard sur mon programme. Et toi comment tu te sens ?

    Fluke : Fais attention à ne pas trop te surmener, prends le temps de te reposer. Je vais bien… mais…

    Mon Oncle : Je prends soin de moi ne t’inquiète pas. Qu’est ce qu’il s’est passé ?

    Fluke : Je suis allé voir le psy hier et… il n’a pas été gentil. 

    Je soupire en envoyant ce message, je ne veux pas qu’il culpabilise, mais je lui ai toujours tout dit, du moins, presque tout. Sa réponse met un peu de temps à arriver et je me laisse aller à rêver de Ohm et de sa douceur quand il a cherché à me réconforter la veille. 

    Ting

    Mon Oncle : Cherman m’en a parlé, je réglerai ça en rentrant. Je suis désolé que ce soit si dur Fluke. Je ferai au plus vite pour rentrer et que l’on rentre à Bangkok pour que tu te sentes mieux.

    Je me mordille la lèvre inférieure un moment, cette phrase, je rêvais de l’entendre quand il m’a forcé à venir ici. Même les deux-trois premiers jours, je voulais rentrer chez moi, m’enfermer dans ma chambre et ne plus jamais en sortir. Pourtant maintenant, l’idée de quitter cette maison, de laisser Ohm derrière moi me serre le cœur plus que je ne l’aurais imaginé.

    Fluke : Mon oncle… tu avais raison, venir ici m'aide beaucoup et … je ne suis plus aussi pressé de rentrer. J’aime vivre chez ta sœur alors prends ton temps et ne t’inquiète pas pour moi. On s’occupe bien de moi ici.

    Je suis concentré sur le message que je viens d’écrire pour mon oncle, j’ai le cœur battant alors que pour la première fois j’exprime un souhait qui pourrait me mener vers la guérison. Je n’ai plus autant peur de l’inconnu qu’avant et je sais que la présence de Ohm n’y est pas pour rien. Je prends une grande inspiration, le sentiment qu’un poids quitte mes épaules se fait sentir alors que j’attends la réponse de mon oncle.

    C’est alors que quelque chose tombe lourdement à côté de moi. J’aurais dû avoir peur, me lever précipitamment et chercher à me mettre à l’abri, sûrement en fuyant hors de la maison pour ma survie. Pourtant, je sursaute à peine et je ne quitte pas l’écran de mon téléphone des yeux. Pour cause, au fil des jours, j'ai compris que c'était la manière normale pour Joong de s'asseoir. Maintenant je m'amuse même des moment où sa mère tente de le reprendre et de le faire arrêter mais c'est peine perdue. Il se retient quelques heures puis recommence à s'affaler lourdement dans les fauteuils et canapés de la maison.

    Je me tourne vers lui en souriant alors qu'il a la tête rejetée en arrière, les yeux fermés, il se masse les tempes en soupirant. “Les cours sur l’ADN vont me tuer Fluke…” Je me mordille un instant la lèvre inférieure avant de reporter mon attention sur mon téléphone pour écrire une note. Les yeux toujours fermés, il ne voit pas mon geste et je ne peux pas attirer son attention en faisant du bruit.

    Alors une fois de plus je prends sur moi, je me surprends quand pour le faire, je tapote sa cuisse et me rend compte que je ne me sens pas mal. J’ai totalement confiance en Joong. Lui ouvre les yeux, surpris, car c’est la première fois que je le touche. Je lui fais un petit sourire timide auquel il répond, lumineux, avant de lui tendre mon téléphone. Il lit la note et son regard reprend vie et se met à briller. “Tu m’aiderais à réviser ? Vraiment ?”

    J’ai un rire silencieux, mes épaules se soulèvent, seul signe de mon hilarité et j'acquiesce énergiquement. Je ne sais pas si un professeur muet lui sera d’une grande aide, mais j’ai envie, non j’ai besoin de me sentir utile, d’être pour une fois celui qui aide et non pas celui qui est secouru. C’est avec un petit sourire au coin des lèvres que je reprends mon téléphone et tape rapidement une réponse. 

    J’ai eu un cours dessus il y a quelques semaines, ça me ferait plaisir.

    Son visage se détend et il sourit encore plus si c’est possible. “Super, mais pas aujourd’hui, c’est le week-end et aujourd’hui on en profite.” Il m’observe silencieusement pendant un moment et je finis par me sentir mal à l’aise et me demander ce qui lui arrive, surtout quand il a cette expression qui annonce qu’il a une idée derrière la tête. Il ne lui faut finalement que quelques secondes pour craquer et parler. “On va aller au lac tout à l’heure avec les gars. Il faut que tu viennes avec nous. On se retrouve dans un endroit très calme et on ne sera que tous les six.”

    Sa proposition me surprend et me prend de court, je ne sais pas comment réagir. D’un côté j’ai envie de dire oui, j’ai envie de passer du temps avec eux et de pouvoir les observer se parler et s’amuser. Je suis sûr que ça me changerait les idées et me ferait du bien, mais il y a toujours cette petite voix dans ma tête, celle qui ressemble à ma voix de petit garçon de douze ans effrayé d’être attaché dans cette cave. Cette voix me répète en boucle combien c’est dangereux, combien je serai exposé et que le monstre est toujours là, tapis dans l’ombre, attendant le bon moment pour m’attraper. Mes mains se mettent à trembler et taper ma réponse est un peu difficile. 

    Je ne pense pas que ce soit une bonne idée.

    Je baisse la tête quand il soupire fortement et le silence retombe entre nous. Je me sens nul, j’ai dû le décevoir à refuser de cette manière. Est-ce qu’il ne va plus vouloir m’adresser la parole ? Je me mordille fortement la lèvre, hésitant de plus en plus à effacer cette réponse pour lui dire que j’accepte son invitation. C’est au même moment qu’il reprend la parole et j’aurais pourtant dû me douter qu’il ne me ferait pas la tête pour si peu et surtout qu’il ne lâchera pas si facilement. “Tu ne seras jamais tout seul, on sera toujours avec toi et je te promets qu’on te protégera, tu auras cinq beaux gardes du corps pour toi.”

    Je pouffe de rire à cette idée un peu étrange, mais loin de moi l’idée de ne pas le croire, je sais qu’ils ne me laisseront pas tomber. Je lui jette un coup d'œil, il me fixe d’un air sérieux avant qu’un sourire que je pourrais qualifier de malicieux ne vienne éclairer son visage. “Et puis... Tu pourrais voir Ohm en maillot de bain."

    Je m'étouffe avec ma salive sous la surprise, produisant un son rauque et étranglé alors que l’image que Ohm au bord du lac et à moitié nu s’impose à moi, me faisant fortement rougir. Je baisse rapidement la tête avec un petit sourire aux lèvres, car je dois me rendre à l’évidence, j’ai envie de le voir. La chaleur augmente sur mes joues alors je n’ai pas d’autre choix que de poser mes mains froides dessus pour apaiser la brûlure et cacher les rougeurs.

    Il éclate de rire, c’est un son heureux, puissant et qui, sans que je ne puisse résister, agrandit mon propre sourire. Il me pousse doucement avec son épaule, comme s’il avait très bien compris à quoi je pensais juste avant et quand nos regards se croisent à nouveau il me fait un petit clin d'œil. Je voudrais me cacher dans un petit trou de souris, disparaître, mais cette fois, non pas parce que je suis terrifié, mais parce que je suis gêné que Joong ait pu lire ce que je ressens si facilement. "Allez Fluke, s'il te plaît. S'il te plaît. S'il te plaît...." Il pose sa tête sur mon épaule et lève les yeux vers moi, une expression le faisant ressembler à un petit chiot sur le visage. Je voudrais dire non, j'aimerais trouver toutes les excuses du monde pour refuser, seulement voilà, je n'en trouve aucune. Au fond de moi je ressens l'envie d'aller avec eux, de me sentir comme les autres pour une fois.

    Je pousse un petit soupire pour me reprendre, je prends mon téléphone et tape un nouveau message. Je suis un peu long car mes mains tremblent et je ne sais pas si c’est de peur ou d’excitation. Cette fois, Joong se tient tranquille, il comprend que j'ai besoin de temps et ne pousse pas plus loin. Je prends une profonde inspiration quand enfin je mets un point à ma phrase et hésite une seconde avant de tourner l’appareil vers lui.

    Mais... Je n'ai rien pour me baigner.

    Je me mordille la lèvre inférieure, attendant qu'il soupire, lève les yeux au ciel avant de dire qu'il me trouve ennuyant. Mais c'est encore une fois mal connaître le jeune homme qui saute hors du canapé comme un clown hors de sa boîte et c'est plus fort que moi je sursaute même si j'ai un petit sourire amusé au coin des lèvres. "OK, donne-moi ta taille, je vais t'en acheter un, en attendant tu prépares tes affaires et je préviens tout le monde que tu viens avec nous comme ça, tu ne peux pas reculer." Et voilà, je ne peux plus reculer, je n’ai plus le choix et je me sens trembler sans arriver à contrôler quoi que ce soit. Un instant, mon esprit s’est vidé et je le regarde la bouche entrouverte, incapable de me souvenir de ma taille.

    Mon cœur bat férocement dans ma poitrine, la mémoire me revient et c’est dans un état second que je tape la réponse. Il y jette un coup d'œil, me fait un petit clin d'œil et file comme une tornade dans l’entrée pour mettre ses chaussures tout en décrochant son téléphone. La porte claque et moi je reste là, clignant des yeux et me demandant si je ne viens pas de rêver toute cette conversation. Ma dernière tentative pour trouver une excuse s’est soldée par un échec et même si je voulais venir, je ne comprends pas tout ce qui vient de se passer.

    Je reste un long moment assis dans le canapé à essayer de comprendre ce que je ressens, mais c’est un méli-mélo d’émotions dans ma tête et la seule chose qui me permet de rester calme, c’est l’idée que Ohm sera près de moi, il m’a promis qu’il me protégerait et j’ai toute confiance en lui. La vibration soudaine dans mes mains me fait bondir sur place, alors qu’enfin la réponse de mon oncle arrive et me ramène ainsi à la réalité. 

    Mon Oncle : Je suis heureux d’entendre ça Fluke. Prends soin de toi et je suis sûr que tu iras de mieux en mieux. Je suis fier de toi.

    Son message m’apaise, il est fier de moi. Je ne parle toujours pas, je ne sors toujours pas et les progrès que j’ai fait ne sont pas énormes, pourtant, ça lui suffit et moi ça me rend heureux aussi. Je prends alors une profonde inspiration dans l’idée d’essayer de parler, je suis heureux, détendu et en confiance, alors peut-être que… finalement j’expire lentement l’air qui gonfle mes poumons. Je suis bien en ce moment justement, alors je ne suis pas sûr qu’échouer à parler soit ce dont j’ai besoin tout de suite.

    Je quitte enfin le canapé et le salon pour me rendre dans ma chambre, Joong m’a demandé de préparer mes affaires et j’ai dans l’idée que je n’ai pas intérêt à chercher à me défiler. Il me faut un bon moment rien que pour trouver un sac où je pourrais mettre mes affaires, c’est alors que je me pose une question très importante… Qu’est ce que je suis censé emmener avec moi ? 

    Je fais distraitement le tour de la chambre en réfléchissant à la question. Je prends sans y faire attention plusieurs objets alors que je me demande si envoyer un message à Ohm pour lui poser la question directement serait le bienvenu. Je sais qu’il a dû partir pour son stage de dernière année, il ne doit pas être disponible pour le moment alors…

    "Je ne pense pas qu'une écharpe soit très utile pour aller au lac."

    Une voix vaguement familière s’élève, venant de la porte de ma chambre et je sursaute avec une sorte de cri étranglé. Je relève la tête en serrant mon écharpe contre moi comme si c’était un bouclier. Je prends plusieurs inspirations bruyantes tout en regardant Prem du coin de l'œil perdre le grand sourire qu’il avait sur le visage en voyant l'expression de terreur peinte sur mon visage. "Oh merde, je suis désolé, je ne voulais pas te faire peur. Tombe pas dans les pommes hein..."

    La panique se lit sur son visage quand il comprend qu’il m’a fait peur. Il doit encore se souvenir de notre première rencontre et je me sens un peu honteux qu’il ait assisté à ce moment de faiblesse. Je lui fais un petit signe de la main pour lui faire comprendre que non, je ne vais pas m’effondrer et le soulagement remplace la panique. Ouf… non parce que, si tu te blesses encore à cause de moi, non seulement Ohm va me tuer, mais si tu saignes, on risquerait de finir tous les deux à l'hôpital, ce serait vraiment con par une si belle journée.”

    Il parle vite, d’ailleurs, je ne suis pas réellement sûr qu’il s’adresse à moi véritablement. Je fronce légèrement les sourcils quand il parle de sang et d’aller à l'hôpital. Il doit m’observer plus qu’il n’en a l’air car il interrompt soudain son babillage pour se frotter nerveusement la nuque. “Ah oui tu peux pas t’en souvenir… tu étais inconscient. J’ai peur du sang, enfin c’est pas vraiment une peur si tu veux mon avis, c’est juste que… je tourne de l'œil quand j’en vois.” 

    Je l’observe avec des yeux compatissants, j’ai étudié les phobies pour mon cursus et je sais personnellement combien vivre avec une phobie peut être un enfer. Je suis tout de même curieux de savoir comment il vit sa vie de tous les jours. Est-ce qu’il se sent mal dès la moindre petite goutte de sang, ou bien, il en faut beaucoup ? Est ce qu’il se sent mal, même avec son propre sang ? Est ce qu’il… Le silence est retombé dans la chambre et quand, finalement, je sors de mes pensées, je me rends compte que le silence s’éternise depuis longtemps. Je récupère rapidement mon téléphone qui était posé sur mon lit, je souris doucement en revoyant le message envoyé par mon oncle, puis je me dépêche d’écrire un mot.

    Je suis désolé que tu te sois senti mal à cause de moi. Et ce n’est pas de ta faute, je vais bien.

    Je lui tends le téléphone et lui laisse le temps de lire, il me fait un sourire qui fait presque fermer ses yeux et je lui réponds même, plus timidement. Il s’assoit sur le bord du lit, pensif. “Si ce qui s’est passé n’est pas de ma faute, alors tu n’as pas à t’excuser non plus, je vais bien aussi.” Il a parlé d’un ton posé et calme et je soupire doucement avant de m'asseoir moi aussi, mais à une distance raisonnable, et écrire un nouveau message.

    Joong est parti faire des courses, il va bientôt revenir.

    Je me doute qu’il doit chercher son meilleur ami, je ne vois pas pourquoi il serait venu me voir moi. On ne s’est vu qu’une fois et juste quelques minutes, il n’avait même pas eu le temps de me parler. “Oui il m’a appelé quand il partait. Il m’a demandé de venir te tenir compagnie et de t’aider à préparer tes affaires.” Je me souvenais alors de Joong en train de partir de la maison tout en passant un coup de fil.

    Il a peur que je me défile, pas vrai ?

    Il éclate de rire avant de hocher la tête rapidement. “C’est ça, il est content que tu aies accepté et il est déterminé à ne pas te laisser l’occasion de changer d’avis.” Je baisse la tête en me mordillant la lèvre, il n’a pas l’air mécontent que je vienne avec eux. Je sens soudain une bouffée de panique à l’idée que Joong m’impose aux autres, ils n’en auront peut-être pas envie, après tout, je ne suis pas d’une grande compagnie. "Tu ne sais pas quoi prendre comme affaires n'est-ce pas ?" Il continue de sourire gentiment, mais moi je me retrouve à rougir, je suis stupide de ne même pas savoir ça, une fois de plus, cette situation me met face au fait que je suis complètement en décalage par rapport aux autres personnes de mon âge. Je hoche la tête sans oser lever les yeux vers lui, mais son rire s’élève et je me détends. "Tu n'as pas à te prendre la tête. Un maillot de bain, une serviette, un casque et ne pas oublier ton téléphone pour que l’on puisse parler et nous on s’occupe du reste d’accord ?"

    Je me sens me détendre et je rassemble ce que Prem a cité tout en l’écoutant parler de tout et de rien. Il est énergique, il est joyeux et il ne semble pas du tout être embêté par mon silence. Parfois je tape un message sur mon téléphone et il finit par se lancer dans une longue série d'anecdotes sur chaque membre de leur groupe. Il semble décidé à me faire connaître chacun d’eux, à me faire me sentir à l’aise parmi eux et je suis touché par sa démarche.

    J’ai perdu la notion du temps, mais c’est en fin de matinée qu'une petite toux attire notre attention vers la porte de ma chambre. Ohm est appuyé contre le chambranle et m’observe avec un petit sourire. Je ne sais pas depuis combien de temps il est là, mais je lui souris naturellement avant de rougir quand les mots de Joong me reviennent en mémoire. “Vous êtes prêts ? Joong est déjà là-bas avec les autres, il m’a demandé de venir vous chercher.”

    Prem bondit sur ses pieds, excité de passer le reste de la journée au lac. “Tout est dans l’entrée, je vous attends là-bas.” Et le voilà parti avant que l’un de nous ne puisse réagir. J’ai un petit sourire amusé qui disparaît petit à petit quand ma main se resserre autour du tissu de mon sac. 

    Ma paume devient moite, mon cœur accélère et je suis en train de me rendre compte de l’énormité de ce que je suis sur le point de faire. Je vais sortir, dehors, avec d’autres personnes et passer un long moment à l’extérieur, exposé aux yeux de tous, aux yeux du monstre. “Tu n’es pas obligé de le faire.” Sa voix s’élève, mais je n’en suis pas surpris, car il n’arrête jamais de m’observer, il s’approche de moi et s’agenouille, il n’a besoin que de lever légèrement la tête pour que nos yeux se rencontrent. “Personne ne t’en voudra si tu ne te sens pas prêt.” Il pose sa main sur mon genou et je frissonne, mais pas de peur, je n’arrive pas à expliquer ce que je ressens quand il est près de moi, c’est une émotion nouvelle, étrange, mais pas désagréable. 

    Je secoue la tête en montrant mon sac et essayant d’avoir l’air déterminé, ce qui n’est pas évident quand je me sens trembler de la tête aux pieds. Il sourit un peu, mais son regard reste inquiet. “Je te promets que je resterai toujours avec toi d’accord et si jamais tu veux rentrer, tu me le dis et je te ramènerai à la maison.” Je sens une bouffée de bonheur quand il me fait cette promesse, une envolée de papillons dans mon ventre et je ne réfléchis pas, je lâche mon sac qui s’écrase mollement au sol et passe mes bras autour de son cou. Je l’attire à moi et ferme les yeux quand mon nez rencontre la peau fine de son cou et que l’odeur de son parfum m’entoure complètement. 

    Je ne sais pas ce qui m’a pris, depuis que je me suis réveillé ce matin, j’ai l’impression de laisser les trois membres de la famille s’approcher bien trop près de moi, mais c’est avec Ohm que c’est le plus agréable. Je couine doucement quand il se relève et m’entraîne avec lui. Mes pieds ne touchent presque plus terre, littéralement. Il passe ses bras autour de ma taille et je me sens me détendre quand il me rend mon câlin.

    Une petite bulle de douceur se forme autour de nous et même les sonneries de plus en plus fréquentes qui émanent de nos téléphones n’arrivent pas à nous faire reculer. La sensation de sécurité est intense, je me sens bien, je suis confiant quand il me serre de cette manière contre lui. Pourtant, toutes les bonnes choses ont une fin. “Les gars, c’est pas que je veux vous presser, mais Joong en arrive aux menaces pour nous faire arriver plus vite.” La poitrine de Ohm se gonfle fortement contre la mienne et il pousse un profond soupir.

    Il me fait lentement reculer et c'est à mon tour de soupirer, mais il me surprend quand il attrape ma main et mon sac. “Allons-y.” Nos regards se croisent et je me sens rougir quand je me demande quand je pourrai retourner dans ses bras. Est-ce qu’il accepterait que je dorme dans ses bras ? Mes yeux descendent lentement vers ses lèvres fines qui semblent douces et… je respire profondément quand il fait demi-tour et m’entraine vers l’entrée interrompant mon flot de questions, mais aussi l'irrésistible envie qui était en train de naître au creux de mon ventre.

     Chapitre 1 : Le Commencement


  • Commentaires

    1
    Samedi 26 Juin à 22:27

    " La mère que je suis vous interdit de faire ça, mais je vous recommande fortement de me désobéir" AHAHAHAH c'est décidé j'adore Chermarnhappy elle est super.


    Il va devoir donner des cours à Joong, j'espère que ça se passera bien en tout cas j'appréhende un peu la sortie.....


    Et je suis pas d'accord avec Fluke, il dit qu'il a fait des petits progrès mais personnellement je pense que se sont de grands progrès car il ne sursaute plus trop en présence de Joong et surtout il a pu "discuter " avec Prem, encore une nouvelle personne donc pour le moment il avance bien.


    Et waoooooo, ils vont peut-être dormir dans le même lit ce soir >///<........


    NB : euh...il y a juste une petite question que je me pose concernant ce chapitre....je pensais que le mot tabou à ne prononcer sous aucun prétexte était Phi, mais Chermarn l'a utilisé en désignant Wanchana, du coup ça veut dire que Fluke ne fait plus attention à ce mot ?

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